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DIMANCHE 12 DECEMBRE

Troisième dimanche de l'Avent

>> L’évangile de ce troisième dimanche de l’Avent met en scène le personnage de Jean-Baptiste. Traditionnellement, c’est le dimanche de "Gaudete", "Réjouissez-vous", selon le chant d’entrée à la célébration. Se réjouir de quoi? La suite du chant le dit: "Car le jour du Seigneur est proche". Il est proche en Jean Baptiste et en Jésus.

Le différent entre Jean et Jésus

Jean Baptiste, nous l’avons déjà rencontré au moment où Jésus lui a demandé le baptême et s’est sans doute mis à sa suite comme disciple occasionnel (Mt 3). Cette rencontre laisse percer deux évidences: Jean est un baptiste qui annonce une conversion sans mâcher ses mots et sans détours ("Engeance de vipères" lance-t-il à ses auditeurs) et Jésus lui pose problème: qui est-il vraiment, ce Jésus? Entre autre étonnement, Jean entrevoit chez son disciple une interprétation du baptême différente de la sienne ("Pour moi je vous baptise dans l’eau pour le repentir… Lui, il vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu"). Jésus aurait-il contesté la rude conversion exigée par le baptême de Jean? Etablissant une relation entre la scène du baptême de Jésus et celle de l’évangile de ce jour, l’évangéliste laisse entendre que le différent est plus profond. Dans la scène d’aujourd’hui, on peut deviner comme un nouveau départ de Jésus et, partant, du personnage de Jean tel que l’évangéliste le présente. Voilà qui pose la question de la relation entre les deux? qui sont-ils l’un et l’autre?

La réponse à la déception de Jean

Maintenant Jean est en prison. Il y a quelques mois, il avait mis beaucoup d’espérance en Jésus mais celui-ci ne semble pas avoir répondu à son attente. Jésus, dans notre évangile, cite en réponse à la question de Jean le texte d’Isaïe 35 entendu en première lecture de ce troisième dimanche:
"Prenez courage, ne craignez pas. Voici votre Dieu: c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et vient vous sauver. Alors s’ouvriront les yeux des aveugles et les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf et la bouche du muet criera de joie. Ils reviendront les captifs rachetés par le Seigneur, ils arriveront à Jérusalem dans une clameur de joie, un bonheur sans fin illuminera leur visage ; allégresse et joie les rejoindront, douleur et plainte s’enfuiront"
Le livre du prophète Isaïe propose ces paroles après un jugement très sévère contre Edom. Ce sont des paroles de consolation qui ouvrent une perspective nouvelle et heureuse pour Jérusalem.
Cependant, en reprenant ces paroles, Jésus les modifie un peu avant de les adresser à Jean Baptiste; il remplace l’évocation des captifs par celles des morts qui ressuscitent et de la Bonne Nouvelle annoncée aux pauvres. Tout cela est fort chrétien.

Le texte de Matthieu 11,2-11

Deux strophes en constituent la trame et chacune d’elle cerne la personnalité d’un protagoniste du texte, celle de Jésus d’abord, celle de Jean Baptiste ensuite. Des versets 2 à 6, c’est Jean Baptiste qui fait interroger Jésus sur son identité: "Es-tu celui qui doit venir ou faut-il en attendre un autre?" Question d’un déçu. "Celui qui doit venir" renvoie au Messie défini par le Psaume 118 comme "celui qui vient au nom du Seigneur". Jésus fait répondre à Jean en citant le texte modifié d’Isaïe 35 (première lecture). Jean dans sa prison avait sans doute entendu parlé des œuvres de Jésus.
Ces œuvres, ce sont les paroles et les actions de Jésus déployées en Galilée et alentours. Elles pointent vers un Jésus problématique qu’elles n’imposent comme Messie ni à Jean Baptiste ni à ses contemporains. Alors disent-elles quelque chose de lui? La réponse, Jésus la donne en énumérant ce qu’il a fait et particulièrement l’annonce de la résurrection et de la Bonne Nouvelle aux pauvres.

Mais l’évangéliste ajoute la vraie clé de lecture de l’action de Jésus: ce sont les œuvres du CHRIST, du Messie, expression employée pour la première fois dans cet évangile. La qualification "Christ" élève le regard vers un autre niveau d’interprétation: les œuvres sont celles du messie oint par l’Esprit et annoncé en Is 61,1 suiv. où elles culminent dans un jubilé. Le malentendu est perceptible. Jean Baptiste avait espéré un Messie qui suivrait la ligne de sa propre annonce: celle d’un prophète porteur de la colère du Dieu juge de la fin des temps. Jésus évite cette projection à la fin des temps et rétorque à Jean que la mission du Messie est orientée prioritairement vers les pauvres ne peut se lire comme l’effet d’une simple philanthropie ou de l’annonce apocalyptique d’une fin imminente du monde. C’est un renversement total de perspective. Quel contraste entre le royaume de Dieu proche de sa violente dissolution et sa réalisation progressive en Christ dans les communautés de pauvres ! Les missions respectives de Jean et de Jésus s’en trouvent différentes, voire opposées.

C’est sur cet horizon qu’il faut lire probablement la béatitude qui clôt la réponse de Jésus au verset 6: "Heureux celui qui ne tombera pas à cause de moi". C’est plus une monition et la proposition d’un choix qu’une béatitude: pour être heureux et se sauver, il faut prendre option pour le Christ (note de la T.O.B au verset), mais dans l’immédiat, la monition s’adresse à Jean Baptiste et ses adeptes. Ils enseignent un royaume messianique sévère. Imitant leur ancêtre Elie, ils annoncent un jugement de feu, implacable. La vision de Jésus s’écarte de cette violence. Son royaume n’est pas instauré par la révélation fulgurante d’un Dieu juge, mais par la tendresse de l’accueil que Jésus fait aux plus pauvres et aux petits valorisés par le texte un peu plus loin (versets 25-30). L’adhésion au Christ et à sa communauté de pauvres ouvre aux baptisés un jubilé de paix déjà présent et qui culminera un jour en salut définitif à la fin des temps.

La place de Jean dans le mystère de Jésus

A première vous, la réponse aux envoyés de Jean ne semble rien révéler de la personne de Jésus, sinon le but de sa mission et la nature de sa communauté. Placé devant le mystère, Jean est renvoyé à son propre choix pour ou contre ce Christ de la bonté et de la miséricorde. La deuxième strophe (versets 7-11) ébauche un portrait de Jean qui n’est pas sans compléter ce qui a été avancé par la première strophe. Jean est grand dans son extrémisme. Il incarne surtout la dernière étape de l’attente du messie, mais il n’est pas le messie. Sans doute Jésus compare-t-il ici moins deux personnes, la sienne et celle de Jean que deux propositions radicalement différentes de la présence du salut.
Jean est plus qu’un prophète. Il a conduit les auditeurs aux portes du royaume. A ce point, cependant, intervient une rupture radicale. Jean est à la porte, il a le privilège de l’entrouvrir, mais le plus petit des chrétiens jouit du privilège suprême de la franchir la porte et d’être dès maintenant de la communauté de Jésus. Le jugement de Dieu annoncé par Jean est se résume maintenant à l’accueil de l’homme dans la tendresse de Dieu. Ce jugement place l’homme devant un Dieu père des miséricordes au lieu de l’affronter à sa propre déréliction, selon l’expression de nos anciens.

En ce milieu de l’Avent, nous sommes liturgiquement à mi-chemin de la venue du Sauveur. Jean est le signe de notre joie. Il oriente notre regard vers elle. A ce point, la figure de Dieu qui nous est proposée en Jésus est celle qu’entreverront les pauvres bergers de la crèche. C’est un Messie doux et humble de cœur. La joie authentique se situe à ce niveau, et c’est la plus belle œuvre du Christ.



Troisième Dimanche de l'Avent 2010

Père Raymond Kuntzmann ss.cc

Illustration: Berna Lopez© www.evangile-et-peinture.org







DIMANCHE 5 DECEMBRE

Deuxième dimanche de l'Avent

Saint Paul nous rappelle que l'Ancien Testament, pour les chrétiens, est une école de l'espérance. En effet, l'Apôtre dit que si nous souhaitons posséder l'espérance, c'est "grâce à la persévérance et au courage que donne l'Écriture". Il précise que "tout ce que les livres saints ont dit avant nous est écrit pour nous instruire" (2ème lecture).

Nous pourrions dire que la foi du peuple israélite consistait alors dans la certitude que la Promesse faite par Dieu à Abraham s'accomplirait en faveur de sa descendance, et, que celle-ci s'étendrait, à travers elle, à tous les peuples de la terre. Cette espérance inébranlable, qui ne s'écroule pas dans les échecs, s'accomplit aussi pleinement dans les moments heureux comme la sortie d'Égypte, la conquête de la terre, la gloire des règnes de David et de Salomon, ou encore, pendant le retour depuis l'exil de Babylone.
Nous aussi, les chrétiens, nous devons continuer d'espérer le plein accomplissement de "la Promesse" présente dans l'Ancien Testament, bien qu'il faille aussi reconnaître le caractère définitif du ministère de Jésus (c'est-à-dire eschatologique), de sa mort et de sa résurrection. En effet, pour nous, cet accomplissement ne peut être autre chose que la manifestation visible de la personne de Jésus de Nazareth, le Christ ressuscité et glorieux, avec toute la richesse qui reste cachée.

Au fur et à mesure, le peuple d'Israël a exprimé son désir et son espérance à travers les siècles dans des formes toujours diverses, marquées par les contextes historiques et culturels, cela dans un langage constamment symbolique et poétique. Une des constantes, dans la formulation de ce qu'espérait le peuple de Dieu dans l'Ancien Testament, était celle de concevoir le plein accomplissement de "la promesse" comme aboutissement de "la Paix", d'une paix totale et définitive. Sans doute, la plus belle expression de ce désir dans l'Ancien Testament réside dans le texte d'Isaïe que nous avons dans la première lecture (Is 11, 1-10).

Quelques critères de discernements nous montrent clairement que nous ne sommes pas devant une utopie aliénante. Nous sommes devant une vision qui se fonde sur une dénonciation et une protestation face à une réalité inacceptable. Elle se propose de susciter un dynamisme vers un but, un idéal, de paix, avec la certitude que, dans la mesure où nous nous engageons dans ce mouvement, Dieu va le couronner d'une manière qui surpasse notre imagination.
Deux critères nous permettent de rester dans un r
éalisme, ils nous évitent de tomber dans un lyrisme mythique. Premièrement, le verset "Il ne se fera plus rien de mauvais ni de corrompu sur ma sainte montagne": Il nous laisse dans l'évidence que la paix est liée avec la pratique de la justice. Et, deuxièmement, le verset qui semble donner raison à ce règne de justice: "car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer". Ce verset nous fait prendre conscience que l'agir est réellement juste quand il est guidé par les conseils de Dieu et qu'il s'ajuste à eux.

Pour cela, le prophète Isaïe nous présente le roi messianique, descendant de David (le fils de Jessé), comme pénétré de l'esprit de Dieu et de ses conseils, afin que celui-ci, avec "la justice" comme bandoulière et la "vérité" comme ceinture, puisse exercer le jugement de Dieu en faveur des faibles et des petits. C'est la grande description par laquelle s'ouvre le texte d'Isaïe: "Un rameau sortira de la souche de Jessé... Alors, le loup...".

Jean Baptiste, pour décrire le Messie, se situe dans cette même dynamique. Le Messie qui doit venir doit instaurer le règne de Dieu. Sa venue sera précédée de l'inévitable "Jugement de Dieu". A cela, il ouvre très visiblement la possibilité à tous, pour échapper à la condamnation du jugement, de la repentance ou de la conversion, avec "des œuvres qui montrent qu'ils se sont repentis et convertis".

Jésus confirmera le message de Jean Baptiste. Cependant, il ajoutera la "bonne nouvelle" que tant que demeure la possibilité de la conversion, le jugement de Dieu ne se déploiera pas.

Ancien Testament et Nouveau Testament sont d'accord sur ce que nous espérons. Afin qu'elle prenne corps, nous avons en faire le but et l'orientation de notre activité, de notre agir, comme une anticipation de l'accomplissement de "la Promesse": anticipation d'autant plus forte quand notre agir ressemble à celui du Messie décrit par Isaïe et se fait réalité historique en Jésus de Nazareth.



Deuxième Dimanche de l'Avent 2010

Père Beltran Villegas ss.cc - (Chili)
"Esquemas para Homilias" - Conférencia Episcopal de Chile - 2005

Illustration: Berna Lopez© www.evangile-et-peinture.org







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