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La femme qui trompe son mari

Après la messe dominicale, les fidèles restèrent pour parler un moment avec moi. Nous étions une centaine, ce qui n'est pas rien pour une paroisse au Japon. Là où n'y a pas d'immigrants, les communautés chrétiennes sont petites, ne grandissent pas et vieillissent.

Je leur ai demandé s'il était difficile d'être chrétien dans une société comme celle du Japon, où l'Église forme un groupe minoritaire. Ils me parlèrent de joie et de douleur:
Joie de connaître Jésus. Beaucoup viennent de familles bouddhistes ou shintoïstes. La même chose se passe avec les frères japonais de la congrégation. Quelques uns, chez eux, sont les seuls croyants.
Douleur de ne pas savoir comment transmettre la foi aux siens.

Une dame me demandait que faire pour que ses petites enfants croient. Je ne sus rien répondre. Ils me parlèrent de leur prière silencieuse, de leur confiance dans l'obscurité. Oui, Dieu sait…

Alors que nous allions terminer, une femme, encore jeune, demande la parole: "Je voudrais confesser publiquement que j'ai trompé mon mari", dit-elle d'une voix tremblante.
Les regards se tournent vers elle. "Mon mari est prêtre shintoïste", poursuit-elle. "Depuis quelques années, il me demande de l'aider dans les sacrifices que les gens offrent au sanctuaire où il officie. Je fais tout ce qu'il me demande, mais - et lui ne le sait pas encore - je murmure avec la bouche les prières habituelles. Ce que je dis en mon cœur c'est le Notre Père que Jésus nous a enseigné…"

Sa dernière phrase se termine dans les larmes. Sa peine et sa solitude nous envahissent. Y a-t-il une réponse? Je me souviens d'avoir terminé la rencontre en disant que Dieu a une manière étrange d'enter dans nos vies, et qu'il le fait à la manière d'une graine, d'un peu de levure… Il faut avoir confiance, se réjouir et aimer.

Je continue en pensant à ces femmes qui pleurent de ne pas pouvoir se faire comprendre au plus intime de leur foi auprès de ses petits enfants, de ses enfants, de ses maris. Je pense à l'immensité de l'Asie, dans les autres façons de comprendre le mot "Mission", et dans le mystère déconcertant de la discrétion de Dieu.


Javier Álvarez-Ossorio, ss.cc
Supérieur Général


Photo du Père Général au Japon lors de sa visite en janvier 2008.
www.ssccpicpus.com


"Le Loyer"

J'ai connu Sophie il y a quelques années à Kinshasa. Elle est née au Congo. Elle est devenue religieuse, dans une congrégation diocésaine locale. Elle vit maintenant à Rome. Elle étudie, et, travaille aussi. Il ne lui reste pas d'autre choix.

Quand j’ai appris qu'ils l'avaient opérée et je suis allé la voir. Elles sont trois jeunes sœurs de la même congrégation. Elles louent trois chambres minuscules dans une maison pour étudiantes.

Sofia va mieux. L’opération a été légère. La semaine prochaine, elle retournera en cours. Heureusement que l'assurance étudiante couvrait la clinique, même si elle ne couvrait pas mes médicaments.

Cela fait trois ans qu’elle étudie pour être infirmière. Les étés, elle les passe en Suisse pour soigner des religieuses plus âgées. Ainsi, elle gagne de l’argent pour le reste de l'année. Mais elle n’arrive pas au 300 euros mensuels pour le loyer, pour les études, le transport, les médicaments, manger, s'habiller...

Les trois religieuses sont voisines de chambre, mais chacune doit chercher de quoi vivre. Leur congrégation ne leur envoie rien. Les choses vont très mal au Congo. Elles survivent à peine là. Il est inconcevable d’avoir de l'argent pour un billet d'avion afin de retourner à la maison pendant les vacances. Dieu seul sait jusqu'à quand elles resteront en Europe. Quelles conditions si différentes des nôtres, de nous, qui appartenons à des congrégations internationales et qui avons une solidité économique dans les pays riches!

Et on les voit toutes les trois joyeuses, mais cependant un peu fatiguées, avec un je ne sais de quoi de chagrin dans le regard. En réalité, elles portent la dure vie d’émigrants, chargée du fardeau de la solitude et de la distance. On ne peut imaginer comment elles parviennent à s’en sortir, elles, comme beaucoup d’autres religieuses africaines qui viennent en Europe avec très peu de ressources, un peu "perdues".

Ces congrégations autochtones vivent la précarité de leur propre peuple. A Kinshasa, leurs maisons sont comme celles du voisinage. Elles utilisent le transport commun et doivent cultiver leur potager pour pouvoir manger. En Europe, elles sont comme de quelconques migrantes, vivant au jour le jour, au rythme de la rénovation du visa. Une vie religieuse fragile et avec beaucoup de problèmes, sans aucun doute, mais plus près, peut-être, de l'étable de Bethléem.
Février 2008: Sur la tombe du père Damien

par Javier Álvarez-Ossorio, ss.cc

Billet du mois de Janvier 2008
photo: www.photo-libre.fr


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