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Nuit de Noël

Vendredi 24 décembre 2010

La messe de minuit éclate en un jeu de lumières et d’émotions. Oui, Stille Nacht ! Douce Nuit ! Le prophète Malachie avait donné le Messie comme «soleil de lumière » (Ml 3,20).

Nous y sommes ! Fidèle à cette vision, vers la fin du 4° siècle à Rome, la tradition chrétienne remplace la fête païenne du Sol Invictus (renaissance du soleil après le solstice d’hiver) par celle de la naissance du Christ. Elle y ajoute même de ci de là la mémoire des Noces de Cana. Le Christ-lumière naissait ainsi en pleines ténèbres d’hiver et présidait le premier repas eucharistique de sa communauté de Cana ! Relisant les évangiles à notre tour nous cherchons plus avant ce qu’ils nous disent de l’événement. Regardons donc les textes de la messe de minuit, surtout celui de l’évangile de st Luc placé au centre de la célébration.

Isaïe, 9, 1-6
Cette première lecture de notre liturgie porte l’espérance d’une libération apportée par la naissance d’un enfant royal intronisé avec les titres de ses ancêtres les souverains de Jérusalem. Ce portrait étale devant Israël un rêve tellement beau que les premiers chrétiens y verrons l’annonce de Jésus mais d’un Jésus différent de celui qui était attendu. « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière » dit Isaïe. Pour les chrétiens aussi.

Tite 2, 11-14
Nous attendons la manifestation de la gloire du Christ. Ce soir elle nous est offerte par la modestie d’une simple mangeoire et d’un bébé vagissant. Comment établir la relation entre ces deux affirmations de foi si éloignées l’une de l’autre ?

Luc 2,1-14, la bonne nouvelle des Evangiles de l’enfance

L’évangile raconte la réalisation de ce que les deux textes précédents ont essayé d’entrevoir et de nous proposer. Pour accéder à ce que l’évangéliste Luc dit de spécifique touchant la naissance de Jésus, il faut traverser trois cercles qui forment les contextes de son récit. Un premier cercle intègre tout d’abord le récit de Luc aux « évangiles de l’enfance ». Seuls Matthieu et Luc les rapportent. Textes tardifs dans le processus de composition des évangiles, ils introduisent dans la biographie de Jésus une dimension connue de la plupart des vies de saints même modernes : la projection dans l’enfance du personnage célèbre de ce qui sera un jour son avenir et son destin glorieux. Ainsi Jésus présenté dans ces textes est-il bien davantage qu’un petit bébé vagissant. L’annonce et le récit de sa naissance et de sa présentation au Temple donnent à lire derrière le petit enfant le Messie Sauveur venu dans le monde. Cette rétroprojection sur l’enfance du futur adulte se fait par un rappel discret puisé dans la vie d’autres personnages célèbres, particulièrement Moïse : même naissance impossible, même enfance menacée, mêmes prédictions aux parents etc. La « Vie de Moïse » de Philon, les « Antiquités Judaïques » de Flavius Josèphe, et surtout le « Targum Palestinien » sur Exode 1-2 donnent de l’enfance de Moïse une présentation dont les récits évangéliques sauront tirer profit pour parler de la naissance de Jésus.

Les deux récits de naissance

Un deuxième contexte est donné par le parallèle entre le récit des deux évangélistes, Matthieu et Luc. A notre étonnement, Matthieu réduit le récit de la naissance à un seul verset (Mt 1,25) mais insiste sur le lien voire le parallèle entre Marie et Joseph (généalogie, annonce à Joseph, fuite en Egypte, massacre des innocents et retour d’Egypte). De son côté, Luc se cantonne à un parallélisme strict entre Jésus et Jean le Baptiste. De plus, Matthieu a choisi de dresser l’arbre généalogique de Jésus puis de centrer l’attention sur le thème de la royauté et de la filiation davidique de Jésus (Mt 1) là où Luc propose de passer de l’Ancien (Jean Baptiste) au Nouveau Testament (Jésus) et met davantage l’accent sur le rôle des femmes, Elisabeth et surtout sur Marie. Par cette dernière, toute l’attention est portée sur le mystère de l’Incarnation, mystère des mystères. Disons pour faire bref que la théologie de Matthieu prône l’origine historique davidique du Messie et le propose comme souverain du monde à travers l’adoration des « rois mages » C’est dire l’ouverture universaliste de l’événement : même enfant, Jésus est déjà le maître du monde et des hommes. Luc, de son côté, insiste sur la reconnaissance de Jésus par le monde céleste (les anges) et les bergers, ces pauvres de la terre d’Israël.

Le récit de Luc

Voilà qui permet de lire la nativité selon saint Luc dans son contexte propre, l’ensemble de ses deux premiers chapitres qui forment un troisième cercle de lecture. Ces chapitres sont une véritable liturgie céleste et terrestre. Placée sous le regard de Dieu, celle-ci rythme l’histoire comme l’espace et se déroule au fil d’une double naissance mise en parallèle : celle de Jean Baptiste et celle de Jésus. En Jean Baptiste, l’évangéliste proclame l’accomplissement des promesses de l’Ancien Testament et annonce la nouveauté inouïe de la naissance de Jésus. Mais le parallélisme n’est pas qu’imparfait car l’évangéliste a pour souci de construire une biographie de Jean le Baptiste qui sert de repoussoir à celle de Jésus. A titre d’exemple, écoutons l’étonnement final des témoins de la naissance de Jean, la famille sacerdotale de Zacharie et les voisins (« Que sera donc cet enfant ?» Lc 1,66), là où Jésus naît entouré de pauvres exclus du culte du fait de leur métier mais éperdus d’étonnement (attitude religieuse) et capables de témoigner de la réalisation du plus grand des miracles (Lc 2, 17-18).

Luc 2, 1-7

Le texte même de saint Luc (Lc 2,1-14) confirme ce que les contextes ont déjà avancé, à savoir la dimension prophétique du texte touchant Jésus et sa naissance hors du commun. Deux scènes successives (2,1-7 et 2, 8-14) élaborent cette dimension. La première (versets 1-7) établit une antithèse entre l’évocation de l’empereur Auguste ordonnant de recenser le monde entier et ce modeste jeune couple vagabond pour lequel il n’a pas de place dans la salle d’hôtes. Ce n’est rien d’autre que la plus modeste condition de vie dressée en face du pouvoir historique administratif (le recensement). Dans ce cas, la modestie est porteuse non de puissance mais d’éternité. Cependant, Luc ne verse pas dans le misérabilisme ; il n’utilise pas le terme spécifique « pandocheion », hôtellerie ou étable à animaux, pour ce que nommons la « crèche », mais celui de « kataluma », mot qui désigne une salle commune d’auberge ou de maison privée, le lieu où l’on défait les bagages. Salle d’habitation ou de séjour, ce terme est employé en Lc 22, 11, pour désigner la pièce où Jésus fera préparer le repas pascal. Rédigé après Pâques, notre récit peut parfaitement inclure ce rapprochement. Voilà qui invite à relire la scène de la nativité sous un autre aspect. Ce « premier-né », en contraste avec l’empereur et son préfet de Syrie, tous deux personnages d’envergure mondiale, se laisse déjà entrevoir comme celui qui se donnera à approcher plus tard, dans la salle commune pour la Cène, l’Institution essentielle de sa présence parmi les hommes. L’histoire la plus imposante d’Auguste et des lois de son empire doit s’incliner déjà devant la faiblesse d’un être accueilli dans une humble communauté des bergers. De plus, Luc, dans un seul verset qui restera gravé dans la mémoire de l’humanité, décrit les trois premiers gestes maternels qui entourent Jésus : « Elle accoucha de son fils premier-né, elle l'emmaillota et elle le déposa dans une mangeoire parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans la salle d’hôtes » (Lc 2, 6). Voilà trois gestes naturels d’attention maternelle, trois mots pour dire l’événement dans sa simplicité, dans sa fragilité, et dans sobriété. Ce sont les témoins, anges et bergers, qui vont donner à cette simplicité sa véritable dimension.

Luc 2, 8-14

La deuxième scène (versets 8-14) est bruissante des chants et des louanges de la terre (les modestes bergers) et du ciel (les troupes d’anges). Dans ces versets, pour le lecteur, l’enfant de Palestine dont on célèbre la naissance c’est celui que les premiers chrétiens proclament Fils de Dieu après sa résurrection. A bien les écouter, dès le récit de son enfance Jésus reçoit des titres christologiques qui le célèbrent comme Seigneur, Fils du très Haut, Fils de Dieu, Christ, « le » Sauveur. Ces titres donnent le vertige surtout lorsqu’ils sont rapprochés du petit enfant de Bethléem. Cette deuxième strophe reprend les termes de la première :« vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire » est-il dit aux bergers par les anges au verset 12. L’humble état de choses n’est que le signe donné d’un « sauveur né aujourd’hui dans la ville de David, un sauveur qui est le Christ Seigneur » (verset 11) C’est le monde à l’envers : point de fracas de victoire ou de procession triomphale d’un empereur sur le forum de Rome, rien qu’une mangeoire comme il y en avait dans toutes les pièces communes des maisons où hommes et bêtes partageaient le même toit, un décor ordinaire pour tout dire.

Noël est, en notre messe de minuit, l’entrée du Fils de Dieu dans le quotidien de Marie, Joseph, des bergers, de nous autres en somme. Nous avons raison de laisser jaillir l’émotion en cette célébration de minuit, puisque Dieu nous y rejoint pour faire de nous les enfants de sa famille sans frontières. C’est le sens du chant des anges : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et sur la terre paix pour tous ceux auxquels Il veut du bien » (verset 14). Pris dans cette liturgie, les bergers se font immédiatement témoins de la présence de Dieu sur terre en annonçant cet enfant qui nous est donné. A notre tour !


Troisième Dimanche de l'Avent 2010

Père Raymond Kuntzmann ss.cc

Illustration: Berna Lopez© www.evangile-et-peinture.org







dimanche 19 décembre 2010

Quatrième dimanche de l'Avent

Trois traits caractérisent la venue de Jésus dans l'Évangile de Matthieu que nous allons proclamer ce dimanche:

1) C'est le point culminant d'un processus historique, évoqué par la généalogie située avant notre texte dans l'évangile. Jésus y apparaît comme descendant de David, point de départ de la royauté messianique, et d'Abraham, avec qui commence l'histoire du Peuple de Dieu.

2) C'est une nouveauté absolue, un nouveau commencement, une nouvelle création. Cela transparaît à travers la conception de Jésus par l'œuvre de l'Esprit-Saint, sans un "vouloir de chair, ni d'un vouloir d'homme" (Jn 1,13).

3) C'est l'accomplissement des Écritures. Ce thème est aussi présent dans la deuxième lecture. La promesse du Salut parcourt l'ensemble de l'Ancien Testament à partir d'une "promesse primordiale" faite à Abraham: "En toi, seront bénies toutes les nations de la terre". Cette promesse fondamentale va résonner au cours des siècles. Elle prendra des formes concrètes en fonction des contextes historiques. Il est très fréquent que cette promesse trébuche sur l'incrédulité, et qu'elle doit s'exprimer de telle manière qu'elle a, en même temps, une dimension d'avertissement et de salut. En effet, Dieu devra punir pour pouvoir accomplir son action salvatrice. C'est ce qui finalement se résume dans sa présence avec nous, avec son Peuple, dans la venue de "l'Emmanuel" ("Dieu avec nous").

La variété, presque infinie des promesses de l'Ancien Testament qui se concentrent dans "La Promesse", est indéchiffrable si l'on en reste à l'Ancien Testament. C'est seulement à la lumière des faits survenus quand Dieu voulut se faire "Dieu avec nous", à travers l'incarnation, que chacune des promesses révèle son contenu profond. L'histoire réelle de Jésus met en lumière et nous permet de comprendre tout l'Ancien Testament comme une grande Promesse. Delà vient la fameuse phrase de Saint Augustin: "Le Nouveau Testament est caché dans l'Ancien Testament et, l'Ancien Testament est dévoilé dans le Nouveau".

Pour terminer, arrêtons-nous un instant, sur les deux figures décisives pour la "venue" de Jésus:

- Joseph, figure masculine, généreux, capable de prendre des décisions difficiles, et discret face aux événements qui le dépassent, se remet entièrement, avec pleine confiance, à la Providence.

- Marie, figure féminine, incarne l'espérance chrétienne (toujours présente dans le 4ème dimanche de l'Avent). Son attente est celle d'une mère mais aussi le prototype de la vraie espérance chrétienne.

Signalons qu'aujourd'hui, dans notre monde qui souffre et gémit dans les douleurs de l'enfantement du futur de Dieu (Rm 8, 19-23), nous devons unir cette certitude avec notre responsabilité à travers en agissant pour la paix, la solidarité et l'écologie.



Quatrième Dimanche de l'Avent 2010

Père Beltran Villegas ss.cc - (Chili)
"Esquemas para Homilias" - Conférencia Episcopal de Chile - 2005

Illustration: Berna Lopez© www.evangile-et-peinture.org







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