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LITTERATURE: CHARLES DICKENS

par Luc Schweitzer, ss.cc

>> Il y a 200 ans, le 7 février 1812, naissait à Portsea, près de Portsmouth, celui qui était destiné à s’imposer comme l’un des plus grands romanciers de tous les temps, un des trois plus grands génies de la littérature romancée avec Dostoïevski et Balzac: je veux parler de Charles Dickens.

Ce que j’affirme là haut et fort ne va pas de soi, malheureusement, pour les français. En Angleterre où Dickens fait partie de la conscience nationale, on célébrera évidemment le bicentenaire de sa naissance de bien des manières. Mais en France? Que sait-on de Dickens en dehors de l’une ou l’autre adaptation cinématographique que l’on a pu voir (et qui sont parfois de qualité) ou d’une version abrégée d’"Oliver Twist" ou de "David Copperfield" que l’on a lu à l’âge de l’enfance?

La difficulté vient de ce qu’en France on se contente, sans avoir lu Dickens, de ressasser quelques idées reçues qui, comme toutes les idées reçues, sont sinon fausses, en tout cas terriblement réductrices. L’une d’elles, c’est que les romans de Dickens ont été écrits pour l’édification des enfants. C’est une absurdité. Tous ceux qui l’ont lu savent bien que, s’il est vrai que Dickens, dans la plupart de ses romans, met en scène des enfants, il n’écrit pas spécifiquement pour eux, mais pour tous les publics. De son vivant, ce sont des gens de tout âge, de toute condition sociale et de tout pays qui se passionnaient pour chaque nouvelle parution d’un de ses romans. Et chacun y trouvait de quoi se satisfaire, aussi bien les enfants que les adultes, aussi bien les grands de ce monde que le bas peuple, aussi bien les Anglais que les Français, les Américains ou les Russes…

Une autre idée reçue, qui n’est pas fausse, mais qui ne rend compte que d’un aspect du génie de Dickens, c’est que celui-ci écrit des romans sociaux. Certes, toute sa vie, Dickens a été horrifié par les conditions de vie de certaines couches de la population et par les malheurs qui s’abattaient sur ceux qui avaient fauté, et il a entrepris, en effet, de dénoncer bien des injustices. Lui-même, étant enfant, a été contraint de travailler dans une fabrique de cirage, tandis que son père était incarcéré à la prison pour dettes de la Marshalsea. Cette période de sa vie, il la considérera toujours comme son séjour aux enfers.

L’aspect social est donc bien présent dans les romans de Dickens, mais il est loin d’être le seul. Si Dickens est génial, c’est aussi parce qu’il rend compte de toute la société de son temps, comme Balzac dans sa "Comédie Humaine". Sa grande force, ce sont ses personnages. Pas tellement les personnages qu’on pourrait appeler "positifs" et qui apparaissent souvent bien naïfs et bien fades, mais tous les autres, les excentriques, les malfrats, les sympathiques et les antipathiques, une foule de personnages étonnants que les lecteurs de Dickens ne sont pas près d’oublier. Du fait de ces personnages, il y a chez lui à la fois beaucoup de noirceur et beaucoup d’humour. Certaines pages de Dickens annoncent déjà l’humour grinçant de Kafka, d’autres préfigurent l’absurde de Ionesco ou de Beckett.

La richesse et la complexité de l’œuvre de Dickens sont donc bien plus grandes que ce qu’on imagine, tout en restant accessibles au plus grand nombre. Quelques écrivains français, Gustave Flaubert, André Gide ou Julien Green, ne s’y sont pas trompés et ont vanté les qualités de son œuvre. Ne nous contentons donc pas de ce que nous savons ou croyons savoir, mais lisons Dickens. Et quand je recommande de le lire, je ne parle pas uniquement d’ "Oliver Twist" et de "David Copperfield", mais aussi de "Nicolas Nickleby", de "La petite Dorrit", du "Magasin d’antiquités" et de plein d’autres romans tout aussi passionnants.
P.S.: On pourra lire aussi, avec grand intérêt, le "Charles Dickens" de Jean-Pierre Ohl, paru chez Folio, dans la collection "Biographies", n°84.


Charles DICKENS (1812-1870)

par Luc Schweitzer, ss.cc

La photo de James Lee Burke provient du site Livresanciens-tarascon.blogspot.com






LITTERATURE: JAMES LEE BURKE

par Luc Schweitzer, ss.cc

>> En apprenant, fin avril, l’explosion d’une plateforme pétrolière dans le golfe du Mexique et en imaginant le désastre écologique qui s’ensuivrait inéluctablement, j’ai aussitôt pensé au beau film de Bertrand Tavernier, "Dans la brume électrique", mais aussi à James Lee Burke, l’écrivain dont le cinéaste a adapté l’un des romans et que beaucoup auront découvert à la faveur de ce film.

A l’heure où j’écris ces lignes, plus d’un mois après l’explosion, la catastrophe est bien réelle et le pétrole continue de s’échapper du puits endommagé, souillant inexorablement les côtes de Louisiane déjà dévastées, en 2005, par l’ouragan Katrina.

La Louisiane, c’est précisément le théâtre de tous les romans de James Lee Burke, écrivain aujourd’hui âgé de 73 ans et auteur d’une trentaine d’ouvrages. On dit parfois de lui qu’il est le William Faulkner du roman policier: c’est affirmer, me semble-t-il, qu’on a affaire à un grand écrivain, et c’est bien le cas. La plupart de ses livres ont pour personnage central Dave Robicheaux, shérif adjoint de New Iberia, petite ville de Louisiane qui est d’ailleurs la ville natale de l’auteur. Avec un tel personnage, au fur et à mesure de ses enquêtes, nous découvrons évidemment l’envers du décor: la Louisiane telle que la raconte James Lee Burke, ce ne sont pas seulement de belles plages et de profonds et mystérieux bayous, mais "un Etat très pauvre, qui, explique l’auteur dans une interview, détient des records d’illettrisme, de mortalité infantile, de taux de pollution et de corruption".

Il y a, dans beaucoup de romans de James Lee Burke, une sorte de dialogue ou de va-et-vient entre le présent et le passé, entre l’actualité et l’histoire. Cela est vrai en ce qui concerne le shérif adjoint Dave Robicheaux, marqué, hanté à jamais par son expérience traumatisante de la guerre du Viêt-Nam, par le démon de l’alcoolisme qui en a été la conséquence et par la mort de sa femme, assassinée une nuit par des inconnus. Cela est vrai en ce qui concerne la Louisiane, cet Etat qui, selon James Lee Burke, "est la poubelle de l’Amérique", mais qui porte également le lourd héritage d’un passé esclavagiste et les profondes blessures engendrées par la guerre de sécession. Dans son film, Bertrand Tavernier a magnifiquement su rendre cela, mettre en scène le dialogue entre les vivants et les fantômes surgis du passé.

Dave Robicheaux n’est donc pas seulement l’enquêteur tel qu’on le rencontre chez beaucoup d’auteurs de romans policiers, c’est aussi et surtout un homme en quête de paix intérieure. A cause de cela, à cause de la complexité de ses personnages, mais aussi à cause de son style, on peut affirmer que James Lee Burke est sans nul doute un grand écrivain. C’est aussi, je l’apprends par une interview de Bertrand Tavernier parue dans "La Croix", un homme "engagé dans les combats sociaux, d’éducation, (…) proche d’une communauté de religieuses qui a créé un fonds d’aide pour reconstruire les maisons des pêcheurs et des paysans ravagés par Katrina…". C’était avant qu’un puits de pétrole explose dans le golfe du Mexique…


James Lee Burke

par Luc Schweitzer, ss.cc

Tous les romans sont parus aux éditions Payot et Rivages.
"Jésus prend la mer" est le dernier livre publié en mai 2010.

La photo de James Lee Burke provient du site Rue 89.com
qui propose en ce moment un article sur James Lee Burke:

"Obama n'a rien compris à la marée noire".




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