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Ne m'abandonnez pas, un cri dans la rue

Isabelle Mialon - Octobre 2012

>> Les personnes qui vivent dans la rue nous font souvent peur, nous dérangent, elles nous renvoient à une réalité qu’il est bien dur de reconnaître.

Qui sont-elles ces personnes installées sur les trottoirs, sous les ponts, dans les squares ou le long des périphériques de nos villes?
Ce témoignage nous invite à une plongée dans les rues de Paris, pour y rencontrer Betty, Marcel, David, Marthe, Rachid, Étienne,… venus échouer là, après bien des blessures. Nous découvrons avec effarement ce qu’ils vivent, nous racontent, et petit à petit, notre regard change, découvrant la grande humanité de toutes ces personnes, malgré la violence insupportable de leur quotidien. Jusqu’à en être transformés.

L'auteur, Isabelle MIALON, raconte notamment quelques rencontres faites avec notre Fr. Eric qui est engagé au service des personnes de la rue, au sein de l'association Aux Captifs, La Libération.


"Ne m'abandonnez pas, un cri dans la rue"
d'Isabelle MIALON
Editions du Signe, octobre 2012, 120 pages.







OSSIP MANDELSTAM, MON TEMPS, MON FAUVE

une biographie de Ralph Dutli

>>Dans "Fahrenheit 451", François Truffaut décrivait un univers oppressant et futuriste dans lequel les livres étaient interdits, recherchés et systématiquement brûlés.
Pourtant, à la fin du film, on découvrait que ce qu’on s’ingéniait à détruire était sauvé: sauvé par des hommes-livres, chacun d’entre eux ayant appris par cœur un ouvrage et le préservant ainsi de l’anéantissement.

Eh bien, il faut admettre que le monde décrit par Truffaut (qui adaptait un roman de Ray Bradbury) n’était pas, en vérité, futuriste, mais réel: c’est le monde qu’a connu l’un des plus grands poètes russes du XXe siècle, Ossip Mandelstam (1891-1938), c’est le monde voulu par les maîtres de l’URSS , et en particulier par le plus inflexible d’entre eux, Joseph Staline.

Avec passion et en illustrant largement son propos avec les vers de Mandelstam, Ralph Dutli raconte la vie de ce dernier, la vie d’un homme qui ne vivait que de poésie, pour qui la poésie était respiration, rumination, nourriture… Mandelstam n’écrivait pas ses vers, il les ruminait, il les triturait, il les malaxait et, quand enfin il était satisfait, il les dictait. La poésie de Mandelstam est sonore, elle est musique, elle est voix, elle est faite pour être dite à haute voix.

Bien des aspects de la vie et de la personne de Mandelstam sont abordés dans l’ouvrage de Ralph Dutli: on y découvre à la fois sa judéité et son profond intérêt pour le christianisme, ainsi que la passion qu’il éprouvait pour les cultures européennes, en particulier italienne et française. Mais on y découvre aussi une vie de grande précarité, la vie d’un homme errant de logis en logis, obligé de quémander de l’argent pour pouvoir subsister, souffrant de froid et de faim.

Tout s’aggrave, bien sûr, lorsque Staline acquiert les rênes du pouvoir. Mandelstam, en vrai poète qu’il est, épris de liberté, ne supporte pas le spectacle sanglant qu’impose le maître du Kremlin. Et il osera l’impensable, il osera composer et déclamer à ses amis une épigramme à Staline, dans laquelle ce dernier est qualifié, entre autres, de "corrupteur des âmes" et "d’équarrisseur des paysans". Tous ceux qui entendent ce poème en sont terrifiés. Mais Mandelstam ne peut pas se taire, et il le paiera de sa vie.

Dans un premier temps, il est condamné à la relégation dans la ville de Voronej. Il y reste trois ans et y compose quelques-uns de ses plus beaux poèmes. Puis, suite à une lettre de dénonciation du secrétaire général de l’Union des écrivains socialistes, il est condamné à cinq ans de travaux forcés. Mais, épuisé, malade, usé avant l’âge, il ne parvient pas même jusqu’au bout du voyage qui le conduit au goulag. Il meurt dans un camp de transit près de Vladivostok le 27 décembre 1938.

Cette évocation de Mandelstam, cependant, ne serait pas complète si l’on ne disait pas un mot de celle qui fut sa compagne, Nadejda. Tous deux s’étaient rencontrés le 1er mai 1919 à Kiev. Nadejda partagera la vie d’errance et de misère du poète, elle supportera bien des vicissitudes, mais elle sera aussi à la source de bien des poèmes. Et surtout, elle restera fidèle à Ossip bien au-delà de la mort de celui-ci, jouant de toutes les ruses et de tous les stratagèmes pour sauver l’œuvre du poète que les maîtres du Kremlin rêvaient d’anéantir. L’un de ces stratagèmes, ce fut d’être, comme dans le film de Truffaut, la femme-livre, celle qui avait appris par cœur tous les poèmes de son compagnon et qui put ainsi les préserver et les transmettre.

N.B. :,


"Ossip Mandelstam, mon temps, mon fauve"
de Ralph DUTLI, éditions Le Bruit du Temps/La Dogana, 605 pages.


par Luc Schweitzer, ss.cc






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