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LOUIS DALLE (1922-1982)

De l'enfer de Buchenwald à l'Altiplano

Louis Dalle est né en Lozère, le 27 avril 1922, à Finieyrols. Il passe son enfance avec 15 frères et sœurs. Dans cette grande famille, les vocations sont nombreuses. Elle donna à l'Eglise trois prêtres, deux frères religieux et deux religieuses.

A douze ans, Louis, alors berger, quitte ses montagnes de l'Aubrac pour entrer au Petit Séminaire de la Congrégation des Sacrés-Cœurs (Picpus) de Graves, à Villefranche de Rouergue (Aveyron). Il suit son noviciat à Montgeron (Essonne) où il y fait profession, le 8 septembre 1939.

Commence alors pour lui les études de philosophie et de théologie à Châteaudun (Eure-et-Loir). Elles seront interrompues par la seconde guerre mondiale. Louis Dalle devra rejoindre l'Allemagne pour le S.T.O (Service du Travail Obligatoire). Il est interné pendant dix mois au camp de Buchenwald où il ne supportait pas de voir souffrir les autres. Libéré par les forces alliées (son attitude héroïque lui a valu d’être décoré de la Légion d’Honneur par le gouvernement Français à Ayaviri en 1981), il rejoint Châteaudun où il fait sa profession perpétuelle le 8 décembre 1945. Il est ordonné prêtre le 21 juillet 1946.

L'année suivante, en novembre 1947, il reçoit son obédience pour le Pérou. Il y arrive le 14 février. Professeur au Collège "Recoleta", il est aussi vicaire à Puente Piedra puis, curé de Santa Rosa de Quives. En 1961, il fonde l'Institut de Pastorale Andine dont il devient le premier directeur exécutif, et, en décembre il est nommé Supérieur provincial du Pérou.

Le 30 octobre 1971, Louis Dalle est nommé Prélat d’Ayaviri, en remplacement de Mgr Metzinger ss.cc. Erigée en 1958, cette prélature se situe sur l’Altiplano. Louis Dalle est intronisé le 19 décembre 1971 par Mgr Rodriguez, archevêque d'Arequipa.


Quand Dieu parle en Quechua
Témoignages sur Louis Dalle

Don Sabino, un ancien catéchiste de la Prélature de Ayaviri, nous parle de "Lucho" (surnom affectueux donné à Mgr Louis dalle) exhortant ses Runas (paysans) au cours d'une homélie en la cathédrale de Ayaviri:

"Frères et Soeurs, Dieu le Père nous aime tous sans exception, mais il ne veut pas que tes pauvres se laissent fouler aux pieds. C'est pourquoi, Runas, il faut vous réveiller. Mettez-vous debout, tous!" proclamait-il en quechua. Des étincelles semblaient jaillir de ses yeux. Sa voix puissante retentissait jusqu'au fond de la cathédrale. Ses grands bras et ses larges mains semblaient nous soulever avec force...

Les paysans étaient heureux: "Nous avons tous ressenti la même surprise, éprouvé ta même inquiétude et nourri ta même espérance. Enfin Dieu nous avait parlé en quechua". Et il en était ainsi chaque fois que Lucho intervenait. Pourquoi donc avait-il réussi à les atteindre en profondeur?

C'était le résultat d'une formation exigeante. Il avait appris le quechua avec sa ténacité habituelle. Il s'était efforcé de visiter beaucoup de villages pour y observer la vie des Indiens, les écouter, étudier la culture andine et la religion des Runas. C'est seulement de cette façon qu'il avait réussi à les rejoindre réellement. "Nous avons aussi découvert en lui un nouvel esprit d'évangélisation. Il venait témoigner de sa Foi. Il ne l'imposait pas. Il ne venait pas nous conquérir, nous séduire, avec un programme de salut bien planifié, programmé, chronométré, il venait dialoguer avec nous, convaincu qu'il était de la réalité de notre foi dans le même Dieu, malgré la différence de son expression. Il avait beaucoup à nous apprendre, c'est vrai, mais il avait aussi beaucoup à apprendre de nous. Il ne se contentait pas d'accueillir nos croyances et nos vies, en vue de les défendre. Il faisait en sorte que nous puissions nous-mêmes exprimer ce que nous vivions, et que nous, n'ayons pas peur de le partager, parce que cela en valait la peine..."

Luis Dalle, qui avait une grande force de caractère, se mettait en colère quand il trouvait un paysan lâche, traître ou arriviste. Il était tout heureux quand ils avaient de l'audace. "Ecoute, tu n'as pas honte de te faire avoir, Runa? Redresse-toi! Crie! Défends ta vie!"

II devint ainsi le porte-parole des indiens qui l'invitaient dans leurs communautés pour qu'il les aide à résoudre leurs problèmes et les rassurer. "Nous voulons être des hommes debout" telle était la phrase écrite sur une banderole qui flottait au vent, tenue par des paysans de Carabaya.

"Faire mémoire de Lucho, c'est raconter la merveilleuse action salvatrice de Dieu, incarnée dans l'histoire des combats et des souffrances des Runas du Pérou andin. Une action qui s'est déroulée dans les Provinces de Melgar, Carabaya et Sandia, entre mars 1976 et mai 1982... Finalement, couvrir d'éloges Lucho serait le trahir. Ce serait le placer sur un autel et nous libérer ainsi de la responsabilité de continuer sa mission..."

Une personne qui avait rendu visite à Louis Dalle se souvient de lui: "Louis Dalle m'emmène visiter les ruines de Sacsayhuamán, sur le sommet des Andes péruviennes. Le prêtre porte la coiffure si caractéristique des Indiens d'Ayaviri: une sorte de bonnet phrygien qui protège du froid vif des hauts-plateaux. II est revêtu d'un poncho en laine brune de lama. Je note avec passion tout ce que cet homme, enraciné sur cette région, veut bien me faire partager. J'ai apprécié cette prière -païenne- qu'il m'a récitée:

"Créateur! Regarde-nous.
Nous avons travaillé cette terre.
Favorise-nous avec la pluie du soleil d'or.
Favorise-nous avec la pluie de la lune d'argent.
Nous avons peiné dans le vent froid
Pour obtenir les ressources du sol.
Terre Mère qui nourrit tout homme,
Donne une grande production
Pour tous les travailleurs,
Pour que vole plus haut la tourterelle
Et que le ver de terre laboure le sol."


II me parle aussi de lui, de son enfance de berger en Lozère, de sa détention en camp de concentration. Il est difficile d'imaginer autant de vitalité, de curiosité, de faculté d'indignation et d'enthousiasme. II incarne pour moi la démarche du missionnaire du XXIème siècle: ne pas avoir pour premier réflexe de suspecter, mais, au contraire, d'épouser jusqu'aux extrêmes limites la culture du peuple dans lequel il est envoyé."

Le rapport que Louis Dalle avait avec les indiens était critiqué. Un prêtre de sa Prélature confiait: "Louis Dalle ne voit chez les Indiens que leurs vertus. Même leurs défauts sont des qualités à ses yeux. C'est une idée fixe."

Louis Dalle, qui avait servi la cause des indiens, meurt brutalement le 9 mai 1982, victime d’un accident de car, sur la Panaméricaine-sud à une centaine de kilomètres d'Arequipa. Ses obsèques se déroulent le 14 mai, en sa cathédrale, où il repose, en présence d'une foule nombreuse.



Louis Dalle, un homme libre…
de Gabriel Campredon ss.cc (1984 – 6ème réédition en mai 2010), 22 euros

Peu banal le parcours de Louis Dalle (1922-1982). Désirant être missionnaire, il quitte son Aubrac lozérien où, dès l’âge de six ans, il conduisait les brebis familiales. Séminariste, il est jeté par la Gestapo dans l’enfer de Buchenwald où il survit que par miracle. Il arrive en fin sur le faîte des Andes péruviennes. Un jour, il y sera l’évêque le plus haut du monde. A cœur perdu, il se fait indien avec les Indiens. Obstinément, avec eux, il marche sur les chemins de la Libération. Le 9 mai 1982, la mort l’arrête et c’est encore une mort à l’indienne.



Louis Dalle sur la toile…

Site de l'Association Louis Dalle: www.louisdalle.fr

Page Facebook sur Louis Dalle: Louis Dalle sur Facebook

Site de la Congrégation au Pérou: www.ssccperu.com

Institut de Pastorale Andine: www.ipandina.org

Site de la Prélature d'Ayaviri: www.prelaturaayaviri.org




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