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De Meaux vers Rome a la rencontre d’un Saint

retour sur la canonisation du Père Damien

Il y a un mois, Benoît XVI canonisait le Père Damien de Molokaï de la Congrégation des Sacrés-Cœurs (Picpus). Plus de 250 pèlerins liés à la Congrégation ont participé à cette célébration. Christophe Pavard, de la Fraternité Séculière, raconte comment le groupe de Meaux a vécu cet événement, jours après jours:

Vendredi 09 octobre 2009, au milieu de la nuit, nous sommes tous là, prêts à prendre la route direction l’aéroport d’Orly. Notre avion pour Rome est à 06h20, on peut ressentir de la joie et du stress dans le groupe. Accompagnés par le Fr. Eric, ss.cc, nous sommes douze, comme les apôtres, et nous allons à la rencontre du Seigneur. A l’aéroport, nous passons le contrôle et ensuite, c’est l’embarquement.

Le voyage fût rapide puisque vers 10h00, nous arrivons à notre hôtel, qui se trouve à 500 m du Vatican. Un bon petit déjeuner nous est offert, café, capuccino, pâtisseries romaines, tout est là et déjà nous avons hâte de commencer la visite de Rome. Nous marchons deux par deux tels des écoliers en voyage scolaire. Notre signe de ralliement: le canotier que le Père Damien portait lorsque Clifford le peint à la léproserie. Nous passons des colonnes et là, la place Saint-Pierre s’offre à nos yeux éblouis. Le soleil est présent, la chaleur commence à se faire ressentir et la foule déambule au grès des visites à effectuer. Direction la Basilique, les visiteurs font la queue, nous prenons la suite, un groupe se dirige vers l’intérieur et l’autre décide de grimper vers la coupole pour admirer la vue.

Quel spectacle, quelle richesse et quel espace, nous ne sommes pas habitués à voir des monuments de cette taille. Du marbre, des statues, des peintures, des mosaïques font la décoration et nous commençons à nous imprégner de la Sainteté qui règne ici. Chacun est happé par une curiosité, une beauté de l’art, un moment de recueillement. Ensuite, vient le moment de se sustenter, nous voici confronté au dur choix du restaurant. Que choisir? Pâtes, pizzas ou plats plus raffinés que nous offre la cuisine italienne? Notre petit groupe s’arrête dans un petit restaurant où l’on mange en terrasse, ce qui nous permet de ne pas lâcher du regard cette cité inconnue de nos yeux. Puis nous rejoignons l’autre groupe sur la place Saint-Pierre, nous échangeons sur ce que l’on a vécu. Il y a même des rencontres que l’on fait, des personnes que l’on a connu lors d’autres manifestations et que l’on retrouve ici. Vraiment, tous les chemins mènent à Rome! Nous regagnons notre hôtel, les hommes avec les hommes et les femmes ensembles, seul un couple fait partie du voyage.

Samedi 10 octobre 2009
Visite de Rome

Une bonne nuit réparatrice et c’est avec la pluie que nous nous réveillons, mais nous avons espoir. Nous n’allons tout de même pas revivre la Béatification de Damien sous des trombes d’eau? Non, le soleil arrive et pointe au travers des nuages jusqu’à les dissiper. Le sol est très vite sec et nous nous dirigeons au sud de la ville, direction la Basilique Saint-Clément où nous rencontrons des chiliens venus pour l’occasion. Ce sera pour nous l’occasion de prier devant la magnifique mosaïque. Puis, nous allons vers le Colisée et la ville antique. Nous marchons, prenons des photos, chinons des souvenirs, la joie est présente et nous en profitons.

Ensuite, direction Saint Paul hors les Murs. Quelle merveille ! L’histoire de toute la papauté est réunie entre ses murs, on peut compter le nombre des successeurs de Pierre jusqu’à Benoît XVI qui a déjà son portrait en mosaïques rouge et or. Les peintures, les dorures font de cet édifice une beauté architecturale difficilement comparable avec d’autres. Seul la simplicité des jardins vient équilibrer avec ce côté fastueux. Soudain, une cérémonie gréco-romaine commence et fait taire le brouhaha des visiteurs en laissant place au chant des prêtres et des séminaristes. Dieu n’a nulle frontière et nulle langue, Il est universel et c’est avec le langage de l’amour qu’Il nous parle.

Nous reprenons ensuite le métro en direction de Saint Louis des Français pour assister à une veillée en l’honneur du futur Saint Damien. Nous sommes accueillis par le Père Serge Gougbèmon et une grande partie de sa chorale composée d’étudiants et de jeunes travailleurs. Nous sommes peu nombreux, les francophones ont choisis l’autre veillée organisée à Sainte Marie (Sopra Minerva) par la congrégation. Nous avons été un peu surpris du nombre de policiers et de voitures officielles garées en face de l’église. Nous apprenons ensuite que c’est la présence de notre Premier Ministre au Centre Culturel Saint Louis des Français, situé juste en face, qui a déclenché ce déploiement de force de l’ordre. Ceux qui connaissent l’ensemble vocal du Père Serge peuvent témoigner de la qualité des chants et de l’ambiance priante qu’ils nous font partager. "Merci mon Dieu, je chanterais tes louanges tant que je vis." Nous rentrons ensuite à l’hôtel, demain c’est le grand jour, nous devons nous lever tôt.

Dimanche 11 octobre 2009
Canonisation du Père Damien

8 h. Nous faisons la queue, nous ne sommes pas les seuls à venir fêter les nouveaux Saints. Comme le dit le chant: "nous sommes venus de toutes les nations pour acclamer Jésus, Alléluia!" Rien que pour les Sacrés-Cœurs, tous les continents sont représentés, même les polynésiens sont venus. Damien ferait déplacer des montagnes, même un Roi a fait le chemin. Rendons grâce à Dieu pour celui qui rassemble les puissants et les faibles. L’Evêque qui s’occupe de la cause des saints présente les Bienheureux au Pape Benoît XVI qui va ensuite les déclarer saints. C’est en latin qu’il prononce l’acte de sanctification. Il y a peu de réactions, on nous avait demandé de ne pas applaudir ni de brandir nos banderoles.

Nous poursuivons la célébration dans le calme, le soleil est chaud, nous attendons que l’obélisque de la place Saint-Pierre nous couvre de son ombre pour nous rafraîchir. Chaque Congrégation apporte des reliques des Saints et les présentent au Pape et à l’assemblée. Voici le temps des lectures, C’est Sœur Jeanne Cadiou, la Provinciale de France qui la lit. Nous la voyons en gros plan sur les écrans extérieurs, quelle présence! C’est le livre de la sagesse et ce message qui nous est envoyé est fait avec une douceur et une sagesse qui nous réchauffe le cœur.

Au moment de la Communion, une déception se fait sentir, il n’y a pas assez d’hosties pour tous, même certains prêtres n’ont pas pu entrer dans la Basilique pour concélébrer. C’est spirituellement que l’on communie. A la fin de la messe, le Pape sort sur le parvis afin de remercier tous les pèlerins de leur présence et aussi afin de dire l’Angélus. Explosions de joie, applaudissements retentissent et résonnent tout autour de nous.

Voici le temps des retrouvailles. Nous laissons notre groupe, Maria, frère Eric et moi-même prenons le car et nous dirigeons vers le lieu de rencontre de tous les membres de la Congrégation. Nous allons retrouver, les sœurs, les frères et les laïcs venus des quatre coins du monde. Nous rencontrons des personnes dont on a entendu parler ou avec qui l’on communique soit par téléphone ou par mail. Le Père Général et Alfred Bell (photo), postulateur prendront la parole pour saluer les convives. Et de cette foule nous pouvons ressentir la présence des Sacrés-Cœurs. Il y a aussi ceux que nous avons perdus de vue et que l’on a plaisir à revoir. Le Curé du Pôle de Meaux, Philippe Legrand, qui nous a fait la joie de sa présence, fût ému de voir toute cette fraternité qui règne au sein de la Congrégation. Merci mon Dieu d’éclairer nos vies à la lumière des Cœurs de ton très Saint Fils et de sa Très Sainte Mère. Aussitôt le repas terminé, tout le monde se précipite vers les cars pour repartir soit sur Rome, soit vers les hôtels respectifs. Nous avions donné rendez-vous à notre groupe prêt de notre hôtel afin de passer le reste de la soirée ensemble. Le lendemain, nous devions nous rendre à Saint Jean de Latran pour rendre grâce au Seigneur du don qu’il venait de nous faire.

Lundi 12 octobre 2009
Messe d'Action de Grâce

Lundi, nous arrivons à la station San Giovanni. Des cars sont déjà présents et d’autres arrivent. La grande fête continue. Plus nous approchons de l’église, plus nous rencontrons des visages connus. De grands panneaux avec des photos de Damien et de sa famille sont apposés contre les piliers, il fait partie désormais de la grande famille des Saints. Rendons gloire au Père. C’est une très belle cérémonie présidée par le Cardinal Danneels. Il est bien sûr secondé par le Supérieur Général de la Congrégation et l’ensemble des Evêques et Prêtres présents ce jour là. Chants, prières, procession des délégations à laquelle participait Mme Audrey Togushi guérie du cancer par l’intercession de Damien. Mais voici le temps de se quitter, chaque groupe reprend son car, nous notre métro.

Nous retournons dans le centre de Rome pour les derniers achats. Avec l’aide du Frère Eric, nous avons choisi un calice pour notre paroisse. Il sera consacré lors de la messe de retour sur Meaux dans notre église qui porte désormais le nom de Saint Damien de Veuster. Rendons grâce au Seigneur notre Dieu qui nous a fait tous frères. L’heure est arrivée, nous disons au revoir à Samuel (le maître d’hôtel) et nous prenons le chemin de l’aéroport. On traîne un peu les pieds, on voudrait bien rester.

Une journée de plus à Rome
dans le luxe!

Ces quatre jours furent courts mais remplis d’événements qui nous ferons des souvenirs plein la tête. Mais le Père Damien ne désire pas nous laisser partir, notre avion est supprimé, nous sommes obligés de prendre le vol du lendemain après-midi. Après quelques heures d’attente, les voyageurs en chambre double montent dans un car qui les emmènera vers un hôtel. Les hommes de notre groupe (Eric, Alain et moi) faisons partie des "singles", (il n’y a plus de chambre double). Nous patientons encore plusieurs minutes, c’est interminable, les gens sont fatigués, ils veulent se reposer. On se pose des questions sur l’avenir, allons-nous réellement embarquer le lendemain? C’est la surprise pour les uns et une crainte pour les autres. On nous appelle, c’est notre tour, cela tombe bien, l’aéroport ferme ses portes pour la nuit, il est 0h30. Nous montons dans le car, le chauffeur semble pressé de nous déposer à l’hôtel. Le Frère Eric plaisante en disant qu’il sera le premier dans la piscine…Le car nous arrête devant les portes de notre logis, mon Dieu, c’est un quatre étoiles! Et il y a une piscine…Le maitre d’hôtel est surpris de nous voir débarquer, il n’a pas été prévenu et surtout, il n’a pas de place pour nous, pensez-vous plus d’une dizaine de chambres. Le chauffeur s’est trompé d’hôtel et est repartit. Après des appels auprès de la direction de l’établissement, on nous envoie une navette pour nous conduire au bon hôtel.

Arrivés sur place, nous sommes un peu étonnés de l’état de la route, des dos d’ânes tous les vingt mètres et entre, des trous. Voici l’entrée du parc, on voit l’hôtel au fond de celui-ci, c’est un petit manoir. Nous entrons et nous nous rendons compte que nous sommes hébergés dans un Relais & Château. Des peintures aux murs du 18ème, des portraits de gens célèbres (italiens), des meubles de styles… Nous avons chacun notre chambre, nous sommes en "single". Quel luxe, des tapis partout, une salle de bain immense, des pantoufles aux pieds du lit, on a l’impression de rêver, seulement on ne dort pas encore mais cela ne va pas tarder. Il est 02h30 du matin.

Après quelques heures de repos, direction la salle à manger où un buffet gargantuesque nous attend. Une serveuse nous demande quelle boisson nous désirons boire et nous allons choisir nos victuailles sur la table du buffet. Frère Eric me dit alors: "Tu vois ce luxe aujourd’hui, demain je serais de nouveau dans la rue avec les SDF," sa mission. 10h00, départ pour l’aéroport et nos retrouvailles avec l’autre partie du groupe. Nous échangeons sur notre aventure. 13h00, enfin le départ, nous avons enfin des explications sur notre retard par une des hôtesses. 14h45, arrivée sur Paris Orly, le temps est maussade, on regrette l’Italie. Nous rejoignons les voitures, direction Meaux. C’est la fin d’un beau voyage.

Ce qu’il faut retenir de notre aventure romaine, c’est qu’Isabelle, Jacqueline, Maria, Thérésa, Julienne, Emilienne, Christiane, Ginette, Jean-Jacques, Alain, Frère Eric et moi, avons vécu des moments extraordinaires et inoubliables. Se retrouver aussi nombreux pour rendre témoignage sur un homme qui a su s’abandonner jusqu’à la mort à l’image du Christ. Il a compris que c’est en vivant par amour envers les autres et surtout les plus faibles, que l’on peut gagner sa place auprès de Dieu et dans le cœur des hommes.


Christophe PAVARD
Fraternité Séculière des Sacrés-Cœurs
Groupe de Meaux


Homelie de Benoit XVI

Chers frères et sœurs !

"Que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle?"

C'est par cette question que commence le bref dialogue que nous avons écouté dans la page de l'Évangile entre un personnage, ailleurs identifié comme le jeune homme riche, et Jésus (Mc 10,17-30).

Nous n'avons pas beaucoup de détails concernant ce personnage anonyme; de ces quelques traits, nous parvenons cependant à percevoir son désir sincère de parvenir à la vie éternelle en conduisant une honnête et vertueuse existence terrestre. Il connaît en effet les commandements et les observe fidèlement depuis sa toute jeunesse. Et pourtant, tout ceci, qui est certes important, ne suffit pas - dit Jésus - une seule chose manque, mais elle est essentielle. En le voyant alors bien disposé, le divin Maître le fixe avec amour et lui propose le saut de qualité, l'appelle à l'héroïsme de la sainteté et lui demande de tout abandonner pour le suivre: "Vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres (...) puis viens et suis-moi" (v. 21).

"Viens et suis-moi !". Voilà la vocation chrétienne qui jaillit d'une proposition d'amour du Seigneur et qui ne peut se réaliser que grâce à notre réponse d'amour. Jésus invite ses disciples au don total de leur vie, sans calcul ni intérêt humain, avec une confiance sans réserve en Dieu.

Les saints accueillent cette invitation exigeante et se mettent, avec une humble docilité, à la suite du Christ crucifié et ressuscité. Leur perfection, dans la logique de la foi parfois humainement incompréhensible, consiste à ne plus se mettre au centre, mais à choisir d'aller à contre-courant en vivant selon l'Évangile.

C'est ce qu'ont fait les cinq saints qui sont proposés aujourd'hui, avec grande joie, à la vénération de l'Église universelle: Zygmunt Szsczęsny Feliński, Francisco Coll y Guitart, Jozef Damiaan de Veuster, Rafael Arnáiz Barón, et Marie de la Croix (Jeanne) Jugan. En eux, nous contemplons la réalisation des paroles de l'apôtre Pierre: "Voilà que nous avons tout quitté pour te suivre" (v. 28) et la consolante promesse de Jésus: "personne n'aura quitté, à cause de moi et de l'Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre, sans qu'il reçoive, en ce temps déjà, le centuple: ...avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle" (vv 29-30).

Zygmunt Szsczęsny Feliński
fondateur de la Congrégation des Sœurs Franciscaines de la Famille de Marie

Zygmunt Szsczęsny Feliński, Archevêque de Varsovie, fondateur de la Congrégation des Sœurs Franciscaines de la Famille de Marie, a été un grand témoin de la foi et de la charité pastorale à une époque très difficile pour la nation et pour l'Église en Pologne. Il s'occupait avec ferveur de la croissance spirituelle de ses fidèles, aidait les pauvres et les orphelins. À l'Académie ecclésiastique de Saint-Pétersbourg, il prit grand soin de la formation des prêtres. En tant qu'Archevêque de Varsovie, il invita avec ferveur tous les fidèles à un renouveau intérieur.

Avant l'insurrection de 1863 contre l'annexion russe, il mit en garde le peuple contre une inutile effusion de sang. Quand pourtant l'émeute éclata et que les persécutions s'ensuivirent, il défendit courageusement les opprimés. Sur ordre du tsar russe, il passa vingt ans en exil à Jaroslaw sur la Volga, sans jamais pouvoir rentrer dans son diocèse. Il conserva en toute situation sa foi inébranlable dans la Providence divine et priait ainsi: "Ô, Dieu, protège-nous des tribulations et des inquiétudes de ce monde... multiplie l'amour dans nos cœurs et fais que nous conservions avec la plus profonde humilité la confiance infinie dans Ton aide et dans Ta miséricorde...". Aujourd'hui, que son don de soi à Dieu et aux hommes, empli de confiance et d'amour, devienne un exemple éclatant pour toute l'Église.

Francisco Coll
fondateur de la Congrégation des Sœurs Dominicaines de l'Annonciation

Saint Paul nous rappelle dans la deuxième lecture que "la Parole de Dieu est vivante et énergique" (He 4,12). En elle, le Père qui est aux cieux, converse amoureusement avec ses fils de tous les temps (cf. Dei Verbum, 21), leur communiquant son amour infini et, de cette manière, les encourageant, les consolant et leur offrant son dessein de salut pour l'humanité et pour chaque personne.

Conscient de cela, saint Francisco Coll se consacra avec acharnement à la propager, accomplissant ainsi fidèlement sa vocation dans l'Ordre des Précheurs, dans lequel il fit profession. Sa passion était d'aller prêcher, en grande partie de manière itinérante et suivant la forme des "missions populaires" pour annoncer et raviver la Parole de Dieu dans les villages et les villes de la Catalogne, aidant ainsi les personnes à une rencontre profonde avec Lui. Une rencontre qui porte à la conversion du cœur, à recevoir avec joie la grâce divine et à maintenir un dialogue constant avec Notre Seigneur par la prière. Pour lui, son activité d'évangélisation comprenait un grand dévouement au Sacrement de la Réconciliation, une emphase remarquable sur l'Eucharistie et une insistance constante sur la prière.

Francisco Coll atteignait le cœur des autres parce qu'il transmettait ce que lui-même vivait intérieurement avec passion, ce qui brûlait ardemment dans son cœur: l'amour du Christ, son dévouement total à Lui. Pour que la semence de la Parole de Dieu rencontre un terrain fertile, Francisco fonda la Congrégation des Sœurs Dominicaines de l'Annonciation, dans le but de donner une éducation intégrale aux enfants et aux jeunes, de façon à ce qu'ils puissent découvrir la richesse insondable qu'est le Christ, l'ami fidèle qui ne nous abandonne jamais ni ne se lasse d'être à nos côtés, renforçant notre espérance avec sa Parole de vie.

Jozef Damiaan De Veuster
de la Congrégation des Sacrés-Cœurs

Jozef De Veuster, qui reçut le nom de Damiaan dans la Congrégation des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie, quitta les Flandres, son pays natal, en 1863, à l'âge de 23 ans, pour annoncer l'Évangile à l'autre bout du monde, sur les îles Hawaï.

Son activité missionnaire, qui l'a tellement rempli de joie, atteint son sommet dans la charité. Non sans peur et sans répugnance, il fit le choix d'aller sur l'île de Molokai au service des lépreux qui s'y trouvaient, abandonnés de tous; c'est ainsi qu'il s'exposa à la maladie dont ils souffraient. Il se sentait chez lui avec eux. Le serviteur de la Parole devint ainsi un serviteur souffrant, lépreux parmi les lépreux, au cours des quatre dernières années de sa vie.

Pour suivre le Christ, le Père Damiaan n'a pas seulement quitté sa patrie, mais a également mis en jeu sa santé: c'est pour cela - comme le dit la parole de Jésus qui a été annoncée dans l'Évangile d'aujourd'hui - qu'il a reçu la vie éternelle (cf. Mc 10,30).

En ce 20e anniversaire de la canonisation d'un autre saint belge, le Frère Mutien-Marie, l'Église en Belgique est unie une nouvelle fois pour rendre grâce à Dieu pour l'un de ses fils reconnu comme un authentique serviteur de Dieu. Nous nous souvenons devant cette noble figure que c'est la charité qui fait l'unité: elle l'enfante et la rend désirable.

À la suite de saint Paul, saint Damien nous entraîne à choisir les bons combats (cf. 1 Tm 1,18), non pas ceux qui portent la division, mais ceux qui rassemblent. Il nous invite à ouvrir les yeux sur les lèpres qui défigurent l'humanité de nos frères et appellent encore aujourd'hui, plus que notre générosité, la charité de notre présence servante.

Frère Rafael Arnáiz
oblat de la Trappe de San Isidro de Dueñas

En revenant à l'Évangile d'aujourd'hui, à la figure du jeune qui présente à Jésus son désir d'être bien plus qu'un bon exécuteur des devoirs que lui imposent la loi, répond la figure de Frère Rafael, canonisé aujourd'hui, mort à vingt-sept ans comme Oblat de la Trappe de San Isidro de Dueñas. Même s'il était de famille aisée et, comme il le disait lui-même, "d'âme un peu rêveuse", ses rêves ne se dissipèrent pas devant l'attachement aux biens matériels et à d'autres buts que la vie du monde propose parfois avec grande insistance.

Il répondit oui à la proposition de suivre Jésus, de manière immédiate et décidée, sans limites ni conditions. De cette manière, il entreprit un chemin qui, du moment où il se rendit compte dans le Monastère, qu'il "ne savait pas prier", le porta en quelques années au sommet de sa vie spirituelle qu'il relate avec une grande simplicité et un grand naturel dans de nombreux écrits.

Frère Rafael, encore proche de nous, continue à nous offrir par son exemple et son œuvre un parcours attractif, en particulier pour les jeunes qui ne se contentent pas facilement, mais aspirent à la plénitude de la vérité, à la plus indicible joie que l'on atteint pour l'amour de Dieu. "Vie d'amour... C'est là la seule raison de vivre" dit le nouveau Saint. Et il insiste: "De l'amour de Dieu provient toute chose ». Que le Seigneur écoute avec bienveillance l'une des dernières prières de Saint Rafael Arnáiz, lorsqu'il lui remit toute sa vie en suppliant: "Prends moi et donne-Toi au monde". Qui se donne pour ranimer la vie intérieure des chrétiens d'aujourd'hui. Qui se donne pour que ses frères de la Trappe et les centres monastiques continuent à être le phare qui permet de découvrir le désir intime de Dieu qu'il a placé dans tout cœur humain.

Jeanne Jugan
fondatrice des Petites Sœurs des Pauvres

Par son œuvre admirable au service des personnes âgées les plus démunies, Sainte Marie de la Croix est aussi comme un phare pour guider nos sociétés qui ont toujours à redécouvrir la place et l'apport unique de cette période de la vie.

Née en 1792 à Cancale, en Bretagne, Jeanne Jugan a eu le souci de la dignité de ses frères et de ses sœurs en humanité, que l'âge a rendus vulnérables, reconnaissant en eux la personne même du Christ. "Regardez le pauvre avec compassion, disait-elle, et Jésus vous regardera avec bonté, à votre dernier jour". Ce regard de compassion sur les personnes âgées, puisé dans sa profonde communion avec Dieu, Jeanne Jugan l'a porté à travers son service joyeux et désintéressé, exercé avec douceur et humilité du cœur, se voulant elle-même pauvre parmi les pauvres.

Jeanne a vécu le mystère d'amour en acceptant, en paix, l'obscurité et le dépouillement jusqu'à sa mort. Son charisme est toujours d'actualité, alors que tant de personnes âgées souffrent de multiples pauvretés et de solitude, étant parfois même abandonnées de leurs familles. L'esprit d'hospitalité et d'amour fraternel, fondé sur une confiance illimitée dans la Providence, dont Jeanne Jugan trouvait la source dans les Béatitudes, a illuminé toute son existence. Cet élan évangélique se poursuit aujourd'hui à travers le monde dans la Congrégation des Petites Sœurs des Pauvres, qu'elle a fondée et qui témoigne à sa suite de la miséricorde de Dieu et de l'amour compatissant du Cœur de Jésus pour les plus petits.

Que sainte Jeanne Jugan soit pour les personnes âgées une source vive d'espérance et pour les personnes qui se mettent généreusement à leur service un puissant stimulant afin de poursuivre et de développer son œuvre!

Chers frères et sœurs, rendons grâce au Seigneur pour le don de la sainteté qui resplendit aujourd'hui dans l'Église avec une beauté singulière. Alors que je salue affectueusement chacun d'entre vous - Cardinaux, Évêques, autorités civiles et militaires, prêtres, religieux et religieuses, fidèles laïcs de différentes nationalités qui prenez part à cette solennelle célébration eucharistique -, je voudrais vous adresser à tous l'appel à se laisser attirer par les lumineux exemples de ces Saints, à se laisser guider par leurs enseignements pour que toute notre existence devienne un cantique de louange à l'amour de Dieu. Que leur intercession céleste et surtout la protection maternelle de Marie, Reine des Saints et Mère de l'humanité, nous obtienne cette grâce.

Amen.

© Copyright 2009 : Libreria Editrice del Vaticano


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