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SAINT JOSEPH DAMIEN DE VEUSTER

Un géant d'humanité

Le futur Père Damien de Molokaï, Joseph de Veuster, naît à Tremelo, un petit village proche de Louvain, le vendredi 3 janvier 1840. Il est le septième enfant d’une famille de huit. Ses parents, Frans De Veuster et Catherine Wouters, sont fermiers. Agriculteurs et commerçants, ils possèdent une ferme de quatre hectares.

La gaieté et la gentillesse naturelle du petit Joseph en font le préféré de ses parents et l'ami de tous. A 13 ans, il arrête l'école et rejoint ses aînés à la ferme. Il inspire confiance. Très vite, son père destine "Dikke Jef" (le gros Jef) à prendre la tête de l'exploitation familiale. Pour s’y préparer, il est envoyé à Braine-le-Comte, dans le Hainaut wallon, pour y apprendre le français et compléter sa formation générale. En 1858, il suit les cours de l’Ecole Moyenne.

Son bref séjour à Braine va être déterminant pour son avenir. C’est pour lui l'époque d’un mûrissement humain et spirituel qui le conduit à répondre à l’appel de Dieu dans la vie consacré. Le climat de l’école et une mission prêchée par des pères Rédemptoristes stimulent fortement ce cheminement. Quand il apprend la nouvelle de l'engagement religieux de sa sœur, il écrit à ses parents: "Quelle bonheur pour elle, chers parents. Elle a eu le bonheur de mener à bonne fin l'œuvre la plus difficile que nous avons à faire ici-bas. J'espère, chers parents, que ce sera à moi, maintenant à suivre ma carrière. Ne pourrais-je pas suivre votre fils Pamphile?"

Joseph décide de se consacrer à Dieu en entrant dans la Congrégation des Sacrés-Coeurs de Jésus et de Marie (Picpus). Son frère Pamphile l'y a précédé. Le 02 février 1859, il commence son noviciat à Louvain et il prend le nom de Damien. Il alors dix-neuf ans. Son bagage intellectuel trop léger et sa connaissance rudimentaire du français ne lui permettront pas de s'orienter vers le sacerdoce comme son frère. Il sera simplement frère de chœur. Qu'importe, l'essentiel pour Damien est de donner sa vie. Son intérêt pour les études, son esprit vif et curieux, son excellente mémoire, poussa ses supérieurs à le transférer dans la classe des novices futurs prêtres.


DE LA BELGIQUE A HAWAÏ
En passant par Picpus à Paris

Damien de Veuster ne connaissait sans doute pas le projet que Dieu lui destinait, mais, c’est cette même année que la lèpre fait son apparition aux îles Sandwich (Hawaï).

Avec un autre novice belge et un allemand, Damien prononce ses vœux perpétuels le 7 octobre 1860, en la chapelle de frères à Paris, rue de Picpus, entre les mains du Supérieur Général Euthyme Rouchouze. Au cours de la célébration, il passe sous le drap mortuaire pendant que l'on entonne le psaume 50. La prostration sous le drap mortuaire avait pour but de rappeler aux nouveaux religieux la nécessité de "mourir avec le Christ, afin que, comme lui, ils ressuscitent à une nouvelle vie" (Rm 6,5-6). Damien fera référence à ce drap mortuaire, aux étapes décisives de son existence.

Après sa profession Damien reste à Picpus. Il y fera une année philosophie. Ensuite, il rejoindra Louvain pour étudier la théologie. Au cours de ces années, il rencontrera Mgr. Etienne Jaussen, vicaire apostolique de Tahiti, en visite à Picpus et à Louvain. Il venait "chercher" des missionnaires. Damien s'interroge et écrit à ses parents: Ne seriez-vous pas contents que je fusse du nombre...? Il devra attendre.

En 1863, son frère Pamphile, récemment ordonné prêtre, tombe malade. Il devait partir pour la mission des îles Hawaï... Les préparatifs du voyage était déjà faits. Alors, Damien force le destin. Il obtient du Supérieur Général la permission de prendre la place de son frère. Le temps presse maintenant, c'est le mois d'octobre. Damien fait ses adieux à sa famille et va accompagner sa mère pour un dernier pèlerinage à Notre-Dame de Montaigu (Sherpenheuvel).

Le 23 octobre 1863, Joseph Damien de Veuster revient à Picpus. Avant de partir, il suit une retraite, pendant laquelle le Supérieur Général revient sur thème de "l'Esprit de Sacrifice."

Damien embarque le 30 octobre 1863, non sans avoir pris soin avant de se faire prendre en photo où il prend l'attitude de Saint François-Xavier présentant la Croix du Christ aux païens. Il débarque à Honolulu le 19 mars 1864. Dès son arrivée, il se jette, corps et âme, dans la rude vie de missionnaire itinérant sur l'île d'Hawaï, la plus grande de l'archipel. C'est une société hawaïenne cosmopolite que Damien découvre. La mission catholique était dirigée alors par Mgr. Maigret ss.cc, vicaire apostolique.

La formation de Damien n'était pas terminée, pourtant, Mgr. Maigret accélère le mouvement et l'ordonne sous-diacre le 26 mars 1864. Le 21 mai suivant, il est ordonné prêtre, dans la cathédrale d'Honolulu. Et sans plus tarder, Mgr. Maigret le désigne pour prendre en charge le district de Puna sur la grande île d'Hawaï.

A pied, à cheval, à dos de mulet, il court à la recherche de son troupeau dispersé. Bientôt tout le monde connaît Matua Kamiano (Père Damien en hawaïen): "Je les aime beaucoup, je donnerai volontiers ma vie pour eux, comme l'a fait notre divin Sauveur" confesse Damien.

Après Puna, un an après, il rejoint Koala, où il lui faut plus d'un mois pour en faire le tour. Damien exercera son apostolat à Kohala pendant 8 ans. Pendant cette période, Il y construit neuf églises et doit faire attention pour ses paroissiens aux "tentations du calvinistes", aux "médecins sorciers", à l'instabilité des mariages, à l"'inconsistance générale" et à la "paresse générale".

Mais en fait, Damien est impressionné par les protestants, et Damien attache de plus en plus d'importance à la tolérance religieuse ainsi qu'à l'œuvre scolaire. Damien ne veut pas perdre un seul de ceux qui lui sont confiés. Il voudrait être partout à la fois et s'investit énormément. Pourtant, vers 1870, ses lettres laissent filtrer un brin de mélancolie, peut-être un désenchantement.


DAMIEN ET LA LEPROSERIE DE MOLOKAI
Un combat contre toutes les exclusions


Pour freiner la propagation de la lèpre le gouvernement décide, en 1866, de déporter à Molokaï, une île voisine, tous ceux et celles qui sont atteints de ce mal alors incurable. Les lépreux sont mis dans une sorte de prison naturelle. Une langue de terre entourée par l'océan et séparée du reste de l'île par une barrière montagneuse infranchissable. En 1873, 797 lépreux avaient déjà été "isolés" et, sur le nombre, en sept ans, 311 étaient morts dans l'abandon presque total. 1873, c'est aussi cette année là où le norvégien Hansen découvre le bacille de la lèpre.

Le sort des lépreux préoccupe toute la mission. L'évêque, Mgr. Maigret ss.cc, en parle à ses prêtres. Pour ne pas les exposer à un péril mortel, il ne veut y envoyer personne au nom de l'obéissance. Les quatre plus jeunes missionnaires se présentent: ils iront à tour de rôle visiter et assister les malheureux lépreux dans leur détresse.

Damien est le premier à partir. Il expliquera plus tard son choix dans une lettre: "Ayant déjà passé sous le drap mortuaire le jour de mes vœux, je crus de mon devoir de m'offrir à Sa Grandeur, qui n'eut pas la cruauté de commander un tel sacrifice"

Le samedi 10 mai 1873, son bateau accoste à Kalaupapa, sur l'île Molokaï. Mgr. Maigret présente le Père Damien aux lépreux. La nouvelle fit les grands titres des journaux d'Hawaï. Ce soir du 10 mai, le Père Damien n'a pour bagage que son bréviaire et son chapelet dort à l'abri d'un pandanus, à côté de l'église Sainte-Philomène. Alors que Damien devait passer deux à trois semaines à Kalawao, dès le 12 mai, il écrit une lettre à son supérieur: "Il doit y avoir un prêtre résidant dans ce poste... Vous connaissez ma disposition, je veux me sacrifier aux pauvres lépreux!" A sa demande et selon le désir des lépreux, il restera définitivement à Molokaï. Damien a 33 ans.

Pendant 16 ans, jusqu'à sa mort, Damien s'est enfermé, jusqu'à s'ensevelir, avec les lépreux de l'île de Molokaï. Pour le missionnaire, c'est l'aboutissement d'un cheminement intérieur.

Dévorés vivants par une horrible maladie, sans perspective de guérison, abandonnés des leurs, livrés à eux-mêmes, ils étaient devenu une jungle où les forts écrasaient les faibles. Le cœur de Damien s'est ému à la vue d'une telle détresse, il a rejoint ces déshérités et s'est fait l'un d'entre eux: "Nous autres Lépreux", disait-il dans ces prédications. Damien a épousé au nom du Christ la cause des lépreux: "Je me fais lépreux avec les lépreux".

Chaque jour, il leur rend visite, les encourage par sa bonne humeur, leur procure des vivres, des vêtements chauds et des médicaments. Avec l'aide des plus valides, il construit des maisons, un orphelinat et une église. Il agrandit l'hôpital et le dote d'une installation pour les bains thérapeutiques. Il encourage l'agriculture et, pour agrémenter les loisirs, il fonde une fanfare. Il se préoccupe aussi des morts, à qui il procure des funérailles décentes. Pour les plus pauvres, il va même jusqu'à fabriquer des cercueils.

Il obtient une aide accrue du gouvernement pour aménager une route et une conduite d'eau. Il fait venir d'Europe de l'aide matérielle. Par sa présence et par son action, sa gaieté, son sourire, un revirement se produit; l'ambiance de la léproserie est transformée: à la désespérance succède une étonnante joie de vivre.

Tout compte fait, l'essentiel pour la léproserie, c'est, écrit-il, "une grande bonté pour tous, une tendre charité pour les nécessiteux, une douce compassion pour les infirmes et les mes moribonds, avec une solide instruction à mes auditeurs". Toute l'action pastorale de Damien vise à redonner le goût de vivre. Le Christ s'est fait proche des lépreux pour guérir leur corps et leur redonner goût à la vie. Les "idées noires" de Kohala sont désormais bien loin. Damien rend l'amour plus contagieux que la lèpre!

La charge pastorale de toute l'île est difficile pour Damien. Ainsi, il demande de l'aide, un second. De plus, il ne pouvait se confesser que de temps en temps, en allant à Honolulu. Mgr. Maigret nomme le Père André Burgerman, un hollandais de 43 ans, mais qui aura la charge du reste de l'île, pas celle de Kalawao. Damien aura un confesseur désormais, mais à une journée de marche...

Burgerman, qui s'était mis en tête de quitter la Congrégation, est rappelé par ses supérieurs à Honolulu. Après un an et demi d'attente, en 1881, un normand de 56 ans, rejoint le père Damien: le Père Albert Montiton (qui a passé déjà plus de 25 ans dans l'archipel des Tuamutu. Avec lui, il a apporté un harmonium qui fait la joie des lépreux. Montiton quitte l'île en 1885. Damien est une nouvelle fois sans confesseur.

Le 17 mai 1888, arrive l'Abbé Conrardy, un prêtre belge originaire de Liège qui a entendu parler de l'action de Damien alors qu'il était en mission dans les Rocheuses aux USA. Damien a désormais auprès de lui un prêtre.

Quelques mois plus tard, le 14 novembre 1888, trois religieuses franciscaines de Syracuse prennent la direction de l'orphelinat pour jeunes filles à Kalaupapa: Mère Marianne Cope (béatifiée en 2005), sœur Leopoldina Burns et sœur Vincentia McCormick. Un prêtre est désigné pour être leur aumônier: le Père Wendelin Moellers, un allemand de 38 ans.


L'OEUVRE DE DAMIEN SE PROPAGE DANS LE MONDE
En son temps, le Père Damien était aussi célèbre que Mère Teresa

L'arrivée de Damien à la léproserie n'était pas passée inaperçue à Honolulu, même au sein de la communauté protestante. Damien recevra beaucoup d'aide de leur part et voit les dons privés affluer. Les Sœurs des Sacrés-Cœurs, qui dirigent un collège dans la capitale, soutiendront son action. En avril 1874, Damien recevra un donc important d'un Français. Sa présence parmi les lépreux est donc connue à cette époque-là. En effet, on parle de lui tant dans les journaux que dans les églises. Des sommes d'argent lui arrivent d'Europe et d'Amérique. En 1884, la Reine Kapiolani, organise elle-même envoie de dons à Kalawao.

Le plus étonnant et significatif dans cette aide, sont les gestes de solidarité d'un pasteur anglican, le révérend H. B. Chapman, recteur de la paroisse Saint Luc de Chamberwell, dans la banlieue de Londres. Il organise un envoi à "ce saint prêtre". Il informe ses donateurs et ajoute: "toute discussion sur sa sublime charité serait simplement une irrévérence". Chapman contribuera à faire connaître Damien de Molokaï dans toute l'Angleterre. Les lettres échangées entre les deux hommes témoignent d'un grand respect. Ces échanges manifestent chez Damien un changement: "le protestant n'est plus un "concurrent" mais un frère dans la Foi qui essaie de vivre le même Évangile d'amour.

Des écrivains, des artistes et des médecins se succèderont à Molokaï pour rencontrer "Le Père des Lépreux". Ch. w. Stoddard passe en 1884, et écrit un livre sur les lépreux de Molokaï. Edward Clifford, peintre protestant anglais, y séjourne en 1888 pendant une quinzaine de jours. Il met à profit son temps pour peindre le Père Damien. A son retour en Angleterre, il écrit un livre sur ce "héros".


L'EUCHARISTIE
Source de la charité de Damien

La séquestration volontaire de ce prêtre parmi les exclus est un signe de l'amour que Dieu leur porte. Fût-il demeuré muet, par sa présence, par ce qu’il est, par ce qu'il fait, le Père Damien est le témoin d'un Dieu qui, en son fils Jésus, rejoint la souffrance humaine et brise l'isolement:

"Ils sont hideux à voir, c'est vrai, disait-il, mais ils ont une âme rachetée au prix du sang du Sauveur. Lui aussi, dans sa divine charité, consola les lépreux.
Si je ne puis les guérir, j'ai le moyen de les consoler. J'ai confiance que beaucoup, purifiés de la lèpre de l'âme par les sacrements, seront dignes, un jour, du ciel."


Comme son supérieur en témoigne: "Son cœur s'est attendri à la vue de tant de misères à soulager, de tant de bien à faire à ces âmes qui, jusque dans des corps en pourriture, sont toujours à l'image de Dieu".

Dans cette présence auprès des lépreux, Damien trouve sa joie: "Mon plus grand bonheur est de servir le Seigneur dans ses pauvres enfants malades, rejetés par les autres hommes."

Ghandi, le fondateur de l'Inde moderne, se demandait à quelle source s'alimentait la charité déployée par le Père Damien: "L'Eglise compte parmi les siens des milliers d'hommes qui ont sacrifié leur vie au service des lépreux. Il vaudrait la peine de rechercher à quelle source s'alimente un tel héroïsme".

De sa famille, Damien avait reçu une immense confiance dans la Providence: "Persuadé que le Bon Dieu ne me demande pas l’impossible, disait-il, je vais tout rondement en tout sans me troubler".

Il puise sa force dans l'Eucharistie présence de Dieu au milieu des hommes: "L'Eucharistie est le signe le plus marqué de l'amour de Jésus-Christ pour nous et la cause la plus efficace de son amour pour nous. Il nous en nourrit tous les jours afin que nos cœurs, comme un brasier d'amour, échauffent les cœurs des fidèles. L'eucharistie est le pain des forts dont nous avons besoin pour voler aux emplois les plus rebutants et un remède contre le dégoût d'un ministère pénible et souvent décourageant," écrit-il en 1883.

Sans l'Eucharistie et sans l'adoration, Damien n'aurait jamais pu tenir: "C'est au pied de l'autel que nous trouvons la force nécessaire dans notre isolement... Sans le Saint sacrement, une position telle que la mienne ne serait pas soutenable. Mais ayant notre Seigneur à mes côtés, eh bien je continue d’être toujours gai et content."

C'est là qu'il reçoit pour lui-même d'abord l'appui et l'encouragement, la consolation et l'espoir qu'il s'empresse de partager aux lépreux. Les frères et les sœurs de la Congrégation des Sacrés-Cœurs, où qu'ils soient et quelles que soient leurs occupations, au nom du peuple qu'ils servent, retrempent leur énergie à cette source.

Pour Damien, l'adoration est vitale. Elle est la fine pointe de son identification au Christ et aux lépreux de Molokaï. Pour Damien, l'adoration est un lieu de conversion, où le pauvre se retourne vers son Dieu, et ensuite retourner à son travail, le cœur pacifié. C'est de là que Damien peut alors se dire "le missionnaire le plus heureux du monde".

Lorsqu’il se découvrira lépreux en 1884 et durant les quatre dernières années de sa vie, il vivra la grâce d’un ultime approfondissement spirituel. Il s’identifiera à Simon de Cyrène portant sa croix à la suite de Jésus jusqu’au sommet du calvaire.


DAMIEN DEVIENT LEPREUX
Et contribue à la recherche d'un remède

En janvier 1885, Damien a mal aux pieds. C'est en voulant soulager son mal avec un bain d'eau chaude ébouillanté. Il met son pied. Il ne sent rien. Sur sa peau, il a des cloques. Damien comprend qu'il est lépreux, mais il mettra plus d'un an avant de ne plus nier l'évidence.

Cela ne le surprend pas. Il avait l'habitude de partager la pipe avec les lépreux, de manger du poï avec les doigts dans la calebasse commune, de panser les lépreux et de jouer insouciant avec les enfants malades. Le chemin de l'identification sur lequel il s'est engagé passe par là. En fait, dès 1876, Damien avait eu des petites tâches sèches… un traitement à l'infusion de salsepareille apaisait ces éruptions cutanées. En 1881, il souffrait parfois voilement au pied gauche.

Son diagnostique sera confirmé par le docteur Arning de Honolulu. La mère de Damien, devinera à demi-mot dans les lettres de son fils que celui-ci est sérieusement touché. Mais elle apprend la vérité par les journaux. Le choc est fort pour elle. Déjà affaiblie à 83 ans, elle meurt le 6 août 1886. La croix de Damien devient plus lourde.

Damien relie les événements à un autre moment fondateur de son existence d'homme religieux: sa profession. "C'est bien par le souvenir d'avoir été couché sous le drap mortuaire, il ya 25 ans, le jour de mes vœux que j'ai bravé le danger de contacter cette terrible maladie en faisant mon devoir ici et tâchant de mourir de plus en plus à moi-même. Au fur et à mesure que la maladie avance, je me trouve content et heureux à Kalawao", écrit-il à son évêque en 1885.

La lèpre de Damien devient un événement mondial. La nouvelle se répand dans le monde. "Le père Damien, qu'on a appelé déjà avec raison l'apôtre des lépreux…, est tombé victime de sa charité."

En 1886, Damien vient à Honolulu, à l'hôpital des lépreux, pour essayer un nouveau traitement mis au point par le docteur japonais Goto. A son départ, il se confesse auprès de l'évêque. Le roi Kalakaua et le ministre Gibson viennent le saluer. Le 17 juillet, Damien regagne Kalawao.

La progression de la maladie n'arrête pas l'activité de Damien: il est prêtre, médecin, architecte et lépreux. Il continue et ne décourage pas. Damien est sur tous les chantiers, même pour celui de l'église Sainte Philomène si chère à ses yeux, qu'il doit reconstruire en partie et agrandir, après un ouragan.

Sans cesse revient sous sa plume la mention d'un "étrange bonheur:" je suis heureux et content.


15 AVRIL 1889
Damien meurt de la lèpre

La passion de Damien approche de son terme. Quelques semaines avant sa mort, l'objectif du photographe le saisit, comme tassé sur lui-même, broyé par la souffrance, au milieu des garçons de son orphelinat. A l'évidence, la mort est en lui, mais tout autour, la vie éclate.

Pauvre, il gisait sur une paillasse posée par terre. Il avait reçu tant d’aumônes, mais restait dénué de tout. Il n’avait ni draps, ni linge de rechange. Il fallut trouver un lit qu’on eu peine à lui faire accepter. Le père Windelin Moellers qui était sur place décrit les derniers jours de la vie de Damien:

"Le 28 mars, le Père Damien s’alitait définitivement. Il souffrait atrocement: sa maladie s’était concentrée dans sa bouche et dans sa gorge. Depuis le 28 mars, il n’a plus quitté sa chambre. Ce jour-là, il a arrangé ses affaires temporelles. Après avoir signé ses papiers, il me dit: "Que je suis content d’avoir tout donné à Monseigneur; maintenant, je meurs pauvre, je n’ai plus rien à moi".

Le samedi 30 mars, il a fait sa préparation à la mort. C’était vraiment édifiant de le voir; il paraissait si heureux. Lorsque j’eus entendu sa confession générale, je me confessais à lui; ensuite nous renouvelâmes ensemble les vœux qui nous attachent à la Congrégation".

Le 31 mars, Il reçut le saint viatique. Dans la journée, était gai, joyeux comme d’habitude. ‘’Voyez-vous mes mains? dit-il, toutes mes plaies se ferment, la croûte devient noire: c’est signe de mort vous le savez. Voyez également mes yeux: j’ai vu tant de lépreux mourants, je ne me trompe pas, la mort n’est pas loin. J’aurais beaucoup désiré voir encore une fois Monseigneur; mais le Bon Dieu m’appelle à célébrer les Pâques avec lui. Que Dieu en soit béni’’. Il ne pensait plus qu’a se préparer à mourir. Il n’y avait plus à s’y méprendre, on voyait que la mort approchait".

Le 2 avril, il reçut l’extrême-onction des mains du R.Père Conrardy. ‘’Que Dieu est bon, me dit-t’il dans le courant de la journée, de m’avoir conservé assez longtemps pour avoir deux prêtres à côté de moi pour m’assister à mes derniers moments et puis, de savoir les bonnes sœurs de la Charité à la léproserie, c’était là mon Nunc dimittis. L’oeuvre des lépreux est assurée, je ne suis donc plus nécessaire, ainsi sous peu je m’en irai là-haut’’. Son attachement à la Congrégation fut admirable. Que de fois il m’a dit: ‘’Père, vous représentez ici pour moi la Congrégation, n’est-ce pas? Disons ensemble les prières de la Congrégation. Qu’il est doux de mourir enfants des Sacrés-Cœurs’’.

Samedi 13 avril, il était plus mal, et toute espérance de le conserver s’évanouit. Un peu après minuit, il reçut le Bon Dieu pour la dernière fois; il devait bientôt le voir face à face. De temps à autre il perdait connaissance. Quand j’allai le voir, il me reconnut, me parla, et nous fîmes nos adieux, car je devais aller à Kalaupapa le lendemain, dimanche. Le lendemain, après les offices, j’y suis retourné, je trouvai le bon père assez fort, mais ses idées n’étaient plus bien claires. Je lisais dans ses yeux la résignation, la joie, la satisfaction; mais ses lèvres ne pouvaient plus articuler les actes que son cœur formait; de temps à autre il me serrait affectueusement la main."

Le 15 avril 1889, un lundi saint, il quitte cette terre pour, pour, selon son expression, "fêter Pâques avec son sauveur". Il s’éteignit doucement, avec "le sourire, comme un enfant qui s’endort". Il avait dit: Je meurs pauvre, je n’ai plus rien à moi". Après avoir passé près de seize ans au milieu des horreurs de la Lèpre. Le bon pasteur a donné sa vie pour ses brebis". Le corps du Père Damien est alors porté à l'église pour y être exposé.

Le lendemain a lieu la célébration des funérailles. Il reposera à l'endroit qu'il avait indiqué, là-même où il avait passé sa première nuit, sous un pandanus… Les lépreux ont perdu leur père. Sur l'île, plane un silence douloureux. Une croix de marbre noir, sur sa tombe, porte ces mots: "A la mémoire du Père Damien de Veuster, mort martyr de la charité pour les infortunés lépreux".

Des services funèbres sont célébrés à sa mémoire à Honolulu, où l'évêque donne le titre "de Héros et de Martyrs de la charité chrétienne"; à Louvain, où participe sa famille, son frère Pamphile et un ministre.

Le quotidien "Times", au lendemain de sa mort, parle de l'apôtre des lépreux de Molokaï en des termes élogieux: "Ce prêtre catholique est devenu pour toute l'humanité un ami. Son glorieux mépris de sa propre vie, son interprétation courageuse de l'Evangile de son Maître rendront sa mémoire éternellement vénérée. On peut gémir de sa mort, on ne peut que louer, bénir et remercier, en se sentant assuré que pour le Père Damien, tout est maintenant bien à jamais".

Dans une lettre circulaire spéciale, datée du 3 juin 1889, le Supérieur Général de la Congrégation, Marcellin Bousquet, annonce sa mort aux frères et aux sœurs. Il n'hésite pas à écrire: "Sa mort fut réellement digne de celle d'un enfant des Sacrés-Cœurs: c'était la mort d'un saint!"

En 1890, le poète et romancier Robert Stevenson (1850-1894), auteur de "Docteur Jekyll et Mr. Hyde" et l'île aux trésors", fait un passage à Molokaï, et recueille des témoignages à propos du Père Damien.

En 1895, Pamphile, le frère de Damien arrive à Molokaï. A peine deux ans plus tard, il doit abandonner son travail pour raison de santé. Plusieurs pères vont se succéder, dont le Père Paul Marie Juliotte, de 1901 à 1907, futur fondateur de la Paroisse Saint Gabriel à Paris et futur Préfet Apostolique de Haïnan.


LE CORPS DU PERE DAMIEN
est transféré en Belgique

Cinquante ans après sa mort, le 12 février 1935, le roi des Belges Léopold écrivait au président Roosevelt pour lui demander l'autorisation de transférer les restes du père Damien en Belgique. La dépouille mortelle du Père Damien de Veuster est ramenée à sa terre natale, à bord du navire-école "Mercator," le 3 mai 1936. Son corps transporté triomphalement d'Anvers à Louvain, via Tremolo, son village natal.

Damien de Molokaï est inhumé dans l'église Saint-Antoine à Louvain. Elle appartient depuis 1860 aux Pères de Picpus. En plus de la dévotion à Saint Antoine, les Pères créent une dévotion à Saint Joseph. En 1936, la dépouille de Damien était ensevelie dans l'église. On profita, en 1960-1961, de la modernisation et de l'agrandissement de l'église pour aménager une crypte dans laquelle Damien demeure.


LA CANONISATION DU PERE DAMIEN
Un long processus


Le 29 octobre 1936, la Congrégation des Rites (Vatican) donne la permission d'entamer le Procès de Béatification au plan diocésain.

Le 31 janvier 1938 débute le premier procès en vue de sa béatification à Malines, en Belgique.

En 1948, Raoul Follereau (1903-1977) visite Molokaï, "où plane une paix étrange".

En 1954, Raoul Follereau, le "vagabond de la charité," lance une "Journée de la lèpre", le dernier dimanche du mois de janvier.

En 1964, voit le jour "Action Damien," une organisation non-gouvernementale belge qui lutte contre la lèpre et la tuberculose.

En 1965, Damien est choisi pour représenter l’Etat d’Hawaï au Capitole, à Washington. La statue sera inaugurée en 1969.

Le 17 janvier 1967, 32.864 lépreux signent une pétition pour demander à Paul VI la béatification de l’Apôtre des Lépreux. A la tête de ce mouvement, interreligieux et œcuménique, se trouve Raoul Follereau. La pétition était appuyée par 302 évêques.

Le 7 juillet 1977, Paul VI signe le Décret sur "l'héroïcité de ses vertus du serviteur de Dieu, Damien de Veuster".

En 1984, Mère Teresa de Calcutta écrit à Jean-Paul II pour plaider la cause de Damien: "Pour être en mesure de poursuivre ce beau travail d'amour pour la guérison des malades, nous avons besoin d'un saint qui nous guide et nous protège. Le Père Damien pourrait être ce saint".

1989: Célébration du centenaire de la mort du Père Damien.

En septembre 1993, dans une lettre, Sr. Emmanuelle, la chiffonnière du Caire, confesse que le Père Damien est à l'origine de sa vocation auprès des plus pauvres.

En 1995, le Centre Damien de Veuster ouvre ses portes, situé à côté de l'église où repose Damien de Molokaï.

En le béatifiant à Bruxelles, le 4 juin 1995, l'Église propose le père Damien en exemple à tous ceux qui trouvent dans l'Évangile le sens de leur vie et qui veulent porter la Bonne Nouvelle aux plus pauvres de notre temps. Le Bienheureux Damien sera fêté chaque année le 10 mai.

Au sein de l’œuvre Points-Cœur, naît en 1995 la Fraternité Molokaï.

En 2000, on tourne film sur sa vie: "Molokaï : L'histoire du Père Damien", avec Derek Jacobi, Kris Kristofferson, Sam Neill, Tom Wilkinson, Peter O'Toole et David Wenham.

En mai 2005, Benoît XVI béatifie "La Mère des Lépreux", Marianne Cope (1838-1818).

Le 1er décembre 2005, le Père Damien est élu comme le "Plus grand Belge dans l'Histoire".

Le 3 juillet 2008, Benoît XVI autorise la promulgation du décret reconnaissant le miracle du Bienheureux Damien de Molokaï, ouvrant la voie à la Canonisation de l'Apôtre des Lépreux.

Le samedi 21 février, Benoît XVI, lors d'un consistoire annonce la date de la canonisation du Bienheureux Joseph Damien de Veuster, Apôtre des Lépreux: le 11 octobre 2009.

Le 09 octobre, Barack Obama, Président des Etats-Unis, Prix Nobel de la Paix, envoie un message à l'occasion de la Canonisation.

Le dimanche 11 octobre, Benoït XVI préside la Célébration de la Canonisation de Saint Joseph Damien de Veuster en la Basilique Saint Pierre, avec 4 autres saints: "En me référant au saint Père Damien, je vous engage également à soutenir par votre prière et par vos œuvres les personnes engagées avec générosité dans la lutte contre la lèpre et contre les autres formes de lèpre due au manque d'amour par ignorance et lâcheté."




█ Biographie du Père Damien de Veuster, ss.cc

█ Tirée du livre "Petite Vie du Père Damien", Père Bernard Couronne, ss.cc, DDB (1994).
Ne pas copier le texte ni les images. Merci.
Photos: www.ssccpicpus.fr



█ Liens sur le web

Page sur Damien du site de Congrégation des Sacrés-Cœurs à Rome

Pour tout savoir sur le Père Damien: www.saintdamiendeveuster.com

Site du Centre Damien à Louvain

Article de Bernard Couronne, ss.cc, sur le site de Point Coeur

Site dédié à la Bienheureuse Marianne Cope - en anglais

Encyclopédie en ligne Wikipedia

Blog sur Damien de Veuster en langue anglaise




Pour aller plus loin...

► Saint Joseph Damien de Veuster (Picpus)
Biographie de l'Apôtre des Lépreux de Molokaï

► Déclaration des Supérieurs Généraux de la Congrégation des Sacrés-Coeurs
"Saint Damien de Veuster ss.cc, c'est la joie de toute l'Eglise..."

► Pièce de Théâtre
"Damien: un Saint en Enfer"

Dossier de Presse



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